Critique | Nothing More – «The Stories We Tell Ourselves»: les forgerons célestes

[[UPDATE: J’ai eu la chance de rencontrer le bassiste de Nothing More, Daniel Oliver, pour sorstu.ca!]]

Il est de ces albums qui marquent, qui impriment des moments sur notre vie avec leurs notes. Figeant des moments-clés dans une sorte de béton universel et accessible seulement par les oreilles, on se surprend parfois à revivre des instants précieux. C’est presque solennel, et tout à fait fascinant comme phénomène! C’est ce qui m’est arrivé avec Nothing More; j’ai réécouté quelques pièces de leur album éponyme récemment, et j’ai complètement re-découvert ce groupe. J’ai été très heureuse d’apprendre que le groupe avait lancé un album l’année passée, «The Stories We Tell Ourselves», et qu’ils allaient faire un show venait à Montréal en août! Voici donc ce que j’ai pensé de l’album.

Nothing More: Rien de plus? Non!

C’est une petite nouveauté sur mon blogue, de faire des critiques! J’en fais déjà pour sorstu.ca, lecanalauditif.ca et atuvu.ca, mais j’avais envie d’une approche différente pour celle-ci, étant donné que c’est un coup de coeur personnel. 🙂 Alors donc, Nothing More… Ce groupe du Texas a été formé en 2003. Depuis, il a connu de nombreux changements de line-up, alors que le batteur Jonny Hawkins est devenu le chanteur et frontman du groupe, en 2008.

J’ai découvert Nothing More lors du Heavy MTL en 2015. J’avais trouvé un peu étrange et ironique le fait que le groupe se présente en disant «We are Nothing More»… comme s’ils n’étaient «rien de plus»! Je suis tombée sous le charme de leur prestation vraiment unique; ils avaient créé un dispositif de scène, afin de faire jouer à trois, sur une basse placée à la verticale. Par la suite, un autre mécanisme était en marche, afin que tous les membres du groupe puissent jouer de différentes percussions.

Voici un vidéo d’une de ces prestations, plus récemment, au ShipRocked:

Des rivières menant à un océan

«The Stories We Tell Ourselves», produit par Jonny Hawkins, est le cinquième album studio du groupe. Il a été nominé à trois reprises aux Grammy, pour cet opus. C’est un «album-fleuve» de 18 pièces, totalisant environ une heure. Comme des rivières menant à un océan, ou des racines formant un arbre majestueux… Ces 18 chemins de vie, sillonnant dans la quête de la vérité, sont comme les veines d’un système bien organisé qui palpite et amène à un voyage au centre de nous-même et de nos émotions.

Cet album est constitué de courtes pièces, «straight to the point«, toutes entre 3:30 et 4:30, et elles sont plutôt accesibles. Pas de tergiversations, ici; c’est un album dense, et l’expression «All killer, no filler» prend tout son sens. (Ça me fait penser à Sum 41, qui avait nommé un de leurs albums avec cette expression, à l’époque! 😉  Décidement, Nothing More en a beaucoup à dire, et c’est un peu inhabituel d’écouter une aussi longue suite de chansons, toutes très accrocheuses et bien travaillées. Un véritable chapelet à réciter dans les moments de découragement, mais aussi de joie et d’espoir! Une âme traverse l’oeuvre entière, comme un souffle qui ralentit le flot de pensées, nous calme, et nous met dans un état propice à la méditation.

Nothing More
Nothing More 🙂 (Crédit photo: kerrang.com)

D’un point de vue plus technique, un seul guitariste s’active au sein de Nothing More — dont le son n’est étonnamment pas trop saturé. Par contre, la guitare sonne «thin» parfois; elle pourrait être plus agressive et présente. La basse, très élaborée, est parfois distortionnée pour élargir le spectre sonore. La voix est quand même beaucoup éditée, mais les grosses quantités de delay rendent cela plus digestible. Jonny Hawkins possède tout un range vocal! Il Impressionne avec son chant clean, mais aussi dans ses screams mélodieux. Il chante un peu à la manière de AC/DC, lorsqu’il va dans les notes plus aiguës… mais ce n’est jamais désagréable (je ne suis pas du tout fan de ce groupe!). On doit aussi mentionner son vibrato assez spécial, qu’il produit en appuyant sur sa gorge avec ses doigts. En outre, les structures des chansons sont souvent les mêmes, mais c’est une formule qui fonctionne bien ici, car «The Stories We Tell Ourselves» est diversifié dans ses textures et dynamiques.

D’ailleurs, des extraits audio de discours d’Alan Watts (écrivain et conférencier autodidacte), servant d’interludes entre quelques chansons, font vraiment réfléchir à des concepts fondamentaux de l’expérience humaine (doute, confiance, moment présent, dépendances, peur, contrôle, religion…). D’ailleurs, ces moments, comparable à de petits sas à travers la musique, sont nommées sous forme d’oppositions (exemple: Ambition; Destruction, ou encore, End;Begin). Ils sont placés stratégiquement: avant et après certaines chansons sur les mêmes thèmes. Le reverse delay est beaucoup utilisé dans celles-ci, et avec des petites mélodies de guitare clean aériennes et  magnifiques.

Le temps est figé.

nothing_more

Les forgerons célestes

Dans Do You Really Want It?, première pièce de l’album, des back vocals dignes de AFI remplissent l’espace sonore avec majesté. Let ’em Burn ressort beaucoup de l’album, avec ses paroles orwelliennes. Dans Don’t Stop, Jonny Hawkins parle des «Jonestown drinks», faisant référence au suicide collectif ayant eu lieu de la ville du même nom. Dans Ripping me apart, on peut entendre des influences dubstep, notamment dans le son des percussions. Cela est propice à un entraînement efficace! 😉 Who we are évoque le transport en commun, où on se retient parfois de respirer. Elle nous rapelle de prendre notre temps, dans un monde qui va trop vite. Les trois balades de l’album — Still in Love, (une des meilleures!), Just Say When, Fade in / Fade out — sont vraiment marquantes, surtout cette dernière, qui clôt l’album.

Somme toute, Nothing More, de véritables graveurs de souvenirs. Des forgerons qui ciselent notre vie avec grâce, la découpant comme des emporte-pièces, livrés sous forme de chansons. Le groupe sera en show à Montréal la semaine prochaine, et je ne manquerai pas d’y assister.

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2 Comments

  1. Allo Roxane 🙂 Je suis allée écouter le groupe, c’est bien fait … ça donne un bon coup au premier abord et comme tout bon disque, j’imagine que plus on écoute, plus on accroche. Merci pour la découverte et le dernier paragraphe de ton article est savoureux 🙂

    1. Salut! Merci de me lire. 🙂 Ça me fait plaisir de t’avoir fait connaître le groupe! 🙂 Est-ce que c’est bien différent de ce que tu écoutes habituellement?

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