Mon combat avec l’anorexie

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Je suis tombée dans l’anorexie, même si je me foutais de mon poids et que je ne comptais pas les calories. Comment est-ce possible?

C’est extrêmement difficile pour moi de jeter ces mots dans l’univers. D’enfin publier ce long texte, que je gardais en attente depuis plus d’un an. Partager toutes ces choses, que j’ai un peu cachées. J’ai aussi longuement hésité à en parler, parce que je ne veux pas être associée à ça pour toujours…

Mais, encore une fois, j’ai choisi de le faire, car je sens que mon message pourrait aider des gens. Et peut-être que ça m’aiderait à me sentir mieux, un peu débarrassée de ce passé que je trouve infâme et dont j’ai souvent vraiment fucking honte. C’est en voyant divers témoignages que j’ai décidé de m’ouvrir. Je réalise que chaque fois que quelqu’un parle de ça, certains tabous diminuent un peu… Le vidéoclip de Safia Nolin m’a aussi inspirée, étant un gros fuck you à la face d’un monde grossophobe.

Phase 1 (restriction)

J’ai réalisé au cours de la dernière année que j’ai bel et bien eu une phase anorexique (type restrictif). Ça me fait presque peur d’écrire ça, mais bon. Je dois aller de l’avant avec tout ça. Un jour précis, quelque chose m’a dit d’aller me renseigner sur ce qu’est l’anorexie, exactement. Ça faisait des mois que j’entendais ce petit quelque chose, mais j’imagine que je n’étais pas encore prête à y faire face. Et j’ai découvert dans ce site que j’ai traversé la phase 1. J’ai eu la chance de ne pas passer par la phase 2, l’hospitalisation, mais je me dis que j’ai passé proche. Vraiment proche. J’étais dans le déni, I guess… 😒

C’est juste bizarre de raconter la façon dont c’est arrivé. Au départ, je n’ai jamais eu certaines caractéristiques proéminentes des anorexiques. Je me foutais de mon poids (je n’ai pas de balance chez moi, donc je ne me pèse jamais) et je ne comptais pas les calories. Petit à petit, genre en 2016, j’ai commencé à faire beaucoup d’exercice. C’est vraiment ça qui a déclenché le reste. Par la suite, j’ai énormément perdu de poids. À l’été 2017, j’ai essayé le crudivorisme. Ça ne m’a pas aidée, disons. Dans ma tête, ce n’était pas un vrai « régime ». Je voulais juste essayer ça parce que j’avais entendu les bienfaits que peut procurer l’alimentation dite «vivante». Mais je ne comprenais pas à quel point je rendais ma vie compliquée (et celle des autres aussi parfois…😫) et pleine de privations.  Ça m’a vraiment épuisée sans que je m’en rende vraiment compte.

Devenir une machine de guerre

Donc. J’avais commencé à m’entraîner, et là encore, mes motivations étaient floues. Je me sacrais un peu de perdre du poids, mais peut-être qu’au fond je le voulais, je sais pas. C’était peut-être inconscient. Je me disais juste que je voulais être en forme, car je passais beaucoup de temps devant l’ordi. J’avais un copain à ce moment-là, mais ça allait moins bien. J’avais besoin d’un nouveau passe-temps, d’un exutoire, j’imagine. J’ai commencé à m’entraîner chez moi. Au début c’était cool, mais l’année d’après c’est devenu assez strict/rigide, sans que j’en aille trop conscience encore une fois… Ça a été très insidieux. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait ni pourquoi je faisais ces choses-là.

À ce moment-là, je n’avais pas d’horaire fixe ou de cours, mais c’est devenu subitement vraiment important de m’entraîner trois fois par semaine ou plus (un moment donné, c’était rendu à tous les jours…). Si je ne le faisais pas, je devenais automatiquement très anxieuse. J’imagine que c’est ce que fait un peu automatiquement une personnalité addictive, quand elle se trouve une nouvelle « drogue ». Drogue qui était pour moi l’euphorie passagère après les entraînements ou quelque chose du genre.

Honte et incompréhension. 😣

Street art à Montréal

Perte de poids et… de repères

C’était doublement bizarre, parce que je n’ai jamais été sportive. J’envoyais promener doucement les gens qui disaient s’inquiéter pour moi. Tout mon entourage ou presque y a passé, en me disant que j’avais perdu bien trop de poids, trop rapidement. Parfois même, je les ignorais carrément ; ça ne pouvait pas être en train de m’arriver. J’étais la seule qui ne s’en faisait pas.

En lisant dans le site que je t’ai mentionné plus haut, j’ai un peu compris ce qui s’est passé. En 2017, je traversais une grosse crise identitaire. Quand j’ai su que je perdais ma job d’infographiste chez Transcontinental, et que je n’étais plus sûre de vouloir travailler là-dedans, je me suis VRAIMENT demandé qui j’étais, au fond. Et ce que j’allais faire dans la vie. Je me cherchais, et toutes ces choses que je trouve maintenant tellement fucking inutiles ont peut-être été un «moyen» de me définir momentanément. Pffft.

Du moins, ce fut comme ça jusqu’à ce que je trouve l’écriture — ou plutôt, qu’elle me trouve — et que je décide d’en vivre. Genre, juste la plus grosse décision de ma vie.

Crise identitaire et anxiété de performance

Avant d’en arriver là, c’est-à-dire de savoir ce que j’aimais le plus faire, j’ai dû passer par beaucoup de questionnements profonds. J’étais dans une crise identitaire profonde, et cela peut parfois mener à des endroits vraiment dangereux. Alors j’imagine que je suis comme… tombée dans un de mode «survie» à me demander constamment qui j’étais, ce que je suis venue faire sur cette planète, etc. Alors, j’essayais plein de choses, et l’exercice en a été une parmi tant d’autres, de même que le crudivorisme. Mais ces choses ont trop pris d’importance à moment crucial de ma vie. C’était très insidieux. Je n’ai jamais décidé d’être pognée là-dedans… Le fait d’être très perfectionniste et aussi de faire de l’anxiété de performance (quelle tyrannie 😵) m’ont alors fait tomber en plein dans cette situation.

Je devais devenir une machine de guerre.

Cette année-là, j’ai essayé beaucoup de choses pour me retrouver. Je me suis posé vraiment plein de questions, je voulais entrevoir toutes les avenues. Devais-je retourner à l’école, après avoir exploré sans fin tous les programmes différents? Continuer en infographie, peut-être, malgré que ce n’était pas ce que mon cœur me dictait? Aller dans l’animation 3D? Étudier en communications à l’université? Tout sacrer ça là, et prendre une année sabbatique? Retourner finir mes cours du cégep, laissés en plan depuis plus de 10 ans?… Voilà certaines des questions que je me suis posées pendant ces mois troubles. Et je ne voyais pas que la réponse était directement sous mes yeux, dans mes mains qui écrivent.

Motifs nébuleux

Parfois, quand j’y repense, je cherche encore à comprendre pourquoi je faisais tout ça. Était-ce une façon de me valoriser? D’où est venue l’idée, premièrement? Par rapport au crudivorisme, je voulais juste être en santé, faire des repas simples, vu que c’était l’été et que je sortais souvent. Aussi, c’était très pratique en voyage, où j’ai dû me débrouiller pour cuisiner dans un char pendant 10 jours.

Je ne me suis même pas rendue compte que tous mes vêtements étaient devenus trop grands, jusqu’à ce que mes proches s’inquiètent, et insinuent que j’avais perdu beaucoup de poids en si peu de temps. Ça a commencé à me faire allumer, mais ce n’était pas suffisant…

Ma situation est tombée entre deux chaises au niveau médical. Dans ma tête, j’allais bien. Je faisais juste beaucoup d’efforts pour être en santé. Justement. 🤔Je me disais, pourquoi inventer des problèmes? Mais il y en avait vraiment un.

Cétose, panique et perte de désir

Après quelques mois, je crois que j’ai eu un problème de cétose. Je devenais facilement déconcentrée, vraiment dans la lune, mais pas d’une bonne façon. Comment décrire cet état? Disons que c’était comme être à deux mètres derrière moi, constamment. D’avoir de la misère à suivre le simple fil des événements. Je faisais beaucoup de crises de panique, et j’avais des baisses soudaines d’énergie très intenses. C’était une fatigue extrême, qui dépassait toutes les formes de fatigue que j’avais connues jusqu’alors dans ma vie. Parfois, je devais aller me coucher, même s’il était 19 h ou 20 h. 😢

Au niveau personnel, je n’ai pas eu de règles pendant deux années complètes. En gros, la conséquence de cela a été que je ne ressentais plus aucun désir. Je ne pouvais que tenter de l’imaginer, presque. Donc je me fermais automatiquement à plein de rencontres et d’opportunités. Car je me disais que, bien souvent, les gens ne voulaient que ça 😭 J’étais tombée dans la mauvaise foi.

En même temps, ça m’a permis de réaliser à quel point je tombais vite dans le «panneau des nouvelles relations». Je n’ai pas été célibataire longtemps, avant ça. Je ressentais toujours de quoi d’«irrésistible» et je flanchais à chaque fois, même si je savais que ce n’était pas toujours bon pour moi.

Confusion de l’identité de genre

J’ai eu l’impression de «toucher le fond» lorsque cet été je suis allée à une rencontre de personnes trans. J’expliquais à des gens avec d’autres problématiques que je ne me sentais plus féminine… À travers tout le sport intense que je m’imposais, l’absence de règles et une transformation un peu étrange de mon corps, je me masculinisais beaucoup. J’étais rendue dans l’armée, comme je disais plus haut.

Maintenant, le fameux flot rouge est revenu depuis plus d’un an. Je me questionne encore un peu sur mon genre (what the fuck… c’est un autre sujet digne de la longueur d’un roman…), mais je me sens plutôt comme une personne gender-fluid.

Je suis «réanimée»

Suite à tout ça, j’ai repris quand même beaucoup de poids, parce que j’ai arrêté cette discipline militaire. But then again, j’essaie de m’en foutre. J’aime mieux avoir quelques livres de plus (et des formes?!… 😱) que de me sentir toujours extrêmement faible, fatiguée et déconcentrée. Et je profite davantage de la vie maintenant… C’est sûr que ça me fait étrange d’avoir de la graisse au niveau du ventre, car je n’ai jamais eu ça avant. Mais je fais avec, car je me sens «guérie» d’une certaine façon. J’ai même remarqué que j’ai commencé à être comme ça quand j’étais crudivore… Ce «surplus» affluait vers les organes internes, vers le plus important, j’imagine.

Depuis la fin de tout ça, j’ai redécouvert le plaisir de manger les choses que je veux quand je veux, et de donner à mon corps ce dont il a envie/besoin… Et de prendre un fucking break des fois.

Je veux d’ailleurs crier haut et fort que ce n’est pas quelque chose de banal. Quand les gens disent que les anorexiques «ont juste à manger», ça me fait frissonner… Car tout ça dépasse le cadre de la nourriture. C’est ce qui a rapport à nos bases, dans la vie. Aussi un peu à l’affection. C’est dire oui à ce qui nous tente en général. Se donner ce dont on a le goût, dans toutes les sphères de la vie, sans se demander si on y a droit ou si on le mérite. C’est un énorme travail sur soi, sur son estime et sa valeur même en tant que personne.

«Avoir le goût de…»

Quand on dit: «j’ai le goût de…», on ne parle pas juste de bouffe. On doit TOUJOURS écouter cela. Notre corps et notre âme savent ce dont ils ont besoin. Car quand on «a le goût», ça le dit en soi: on «ressent» déjà physiquement ce qu’on veut, un peu comme si on voyageait dans le futur et que ça c’était déjà passé. On sait ce dont a besoin. Notre instinct est fort. L’expression «avoir du guts» provient aussi de là. Avoir des tripes au ventre. RESSENTIR quelque chose. Ça ne ment jamais.

On doit s’observer lorsqu’on se dit cette phrase, lorsqu’on ressent ces choses. On peut se demander: «De quoi j’ai le goût, aujourd’hui, LÀ, en ce moment?» Et pas dans deux heures. Car si on ne satisfait pas ce «goût de…», alors le goût reste. Il n’est pas comblé, et ça engendre une sorte de frustration sourde, un stress qu’on ne ressent pas sur le coup, mais qu’on accumule.

C’est comme si on devait choisir entre mettre un chandail vert ou un chandail mauve. On a «le goût de» mettre le mauve, mais on met le vert, pour une raison ou pour une autre. On sera bel et bien couvert, mais… Si ce n’est pas de cela qu’on veut et qu’on «a le goût», on va constamment penser au chandail vert. Alors pourquoi pas juste le mettre, et en finir, pour passer à autre chose?

J’ai eu tous les corps et tous les âges

Maintenant, je suis heureusement pas mal rétablie! Malgré qu’en dessous de tout cela, se trouvait une sorte dépression à laquelle je n’avais jamais fait face. Je la traverse maintenant, et c’est difficile, mais libérateur en même temps. Je suis épuisée, mais je dois traverser ça seule.

J’ai repris la maîtrise de ma vie. Et non le contrôle.

Je peux ENFIN refaire un lit qui était défait depuis des années, négligé, laissé à l’abandon, en désordre. Enfin, je replace les couvertures, je laisse derrière ce moment de ma vie, passée dans le noir. Maintenant, je me regarde droit dans le miroir, et aussi droit dans le soleil, en faisant attention de ne pas me brûler les yeux…

Si jamais vous vous reconnaissez dans ce témoignage, je vous encourage à passer à l’action. Ne faites pas comme moi. Parlez-en à votre médecin, et soyez honnête avec vous-même avant que ça ne devienne trop grave. Vous pourrez reconnaître certains signes avant-coureurs, du moins je l’espère.  ❤️ ❤️ ❤️

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