La force des mythes

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Illusions cassées  (Crédit photo: Roxane Labonté)

On attendait le père Noël. On croyait vraiment que cet être spécial, venu du nord pour couvrir la planète de cadeaux, allait venir nous rendre visite. Quelle déception de découvrir, lors des réunions de famille, qu’en dessous du déguisement rouge et blanc, c’est notre mononc’ saoul, ou le voisin! Décevant aussi, de se réveiller la nuit, pour se rendre compte que les cadeaux sont déposés sous le sapin par nos parents… On se rend compte de la vérité, et la magie se dissipe peu à peu, pour finalement disparaître.

Mais si on ne s’était jamais réveillé, si nos parents ne nous l’avaient jamais dit, nos amis non plus, alors, est-ce qu’on croirait encore à toutes ces faussetés?…

Peut-être qu’il y a beaucoup de choses dans nos vies présentes qui sont constituées de nos chimères d’enfants. Nous n’avons pas encore conscience de leurs contours immatures, étant donné que pour nous, ils représentent bel et bien la réalité.

Ça doit être ça, grandir. Mourir de ses illusions. Et ça ne doit pas être quelque chose de si malsain, après tout… On vivrait peut-être tous dans des sectes, si l’on n’osait pas affronter la vérité!

Toutefois, objectivité et croyances se chevauchent de très près.

D’ailleurs, on deviendrait sûrement tous fous, à croire n’importe quelles conneries qu’on nous a mises dans le crâne. Quand on est enfant, on ne réfléchit pas vraiment… Le Père Noël existe-t-il vraiment? Oui. C’est un fait. Il existe, et c’est tout. On ne se pose même pas la question. On n’a aucun doute.

C’est étrange de réaliser qu’il «faut» donner des illusions aux enfants. Sinon quoi, ils trouveraient le monde trop ennuyeux, comme on le trouve parfois? Peut-être s’apercevraient-ils trop tôt du «monde réel et de ses obligations et devoirs»?

Créer des mythes, une fausse réalité pour stimuler l’imagination… Créer des mensonges.

J’imagine qu’en grandissant, on devient confronté à une certaine aridité, lorsqu’on n’est pas heureux. Un monde sans flamboyant, sans magie. Peut-être est-ce pour ça que tant d’adultes aiment Noël: c’est une régression vers un monde où tout est parfait. Une nostalgie exagérée, et vraiment malsaine.

Les souvenirs statiques les émeuvent. Le présent? Bizarre, déformé, décapité de sa brillance d’antan…

J’imagine que l’être humain a besoin de ces mythes, sinon il trouverait sa vie un peu trop «normale», surtout quand il est jeune. Mais les vrais découragés, ce sont les adultes qui ont perdu leur imagination. Qui ont conscience de leurs vies ternes, mais qui ne font rien pour les illuminer. Certains en arrivent même à créer un petit village de Noël imaginaire, saupoudré de fine poudre blanche…

Alors, de subtiles questions apparaissent à l’horizon, parées de teintes plutôt sombres en cette période frénétique de l’année. À quel âge un enfant peut-il apprendre la vérité? Où se situe la ligne entre mythe inspirant et mensonge insouciant?

… La disparition disparaît.
Le néant s’anéantit.
L’oubli s’oublie de lui-même.
Le vide se vide.
Le renfermé se renferme.
La fuite se fuit.
… La mort se meurt.

Ce temps de l’année, un interstice de silence entre deux mondes: celui de l’année qui se termine et l’autre qui s’en vient. Le temps des bilans, des m’as-tu-vu, des exagérations, des foutues résolutions.

Un petit monde parfait, ça n’existe pas. Et surtout pas dans le temps des Fêtes.

Merci.

Et bonne année.

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