Le vent

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Le souffle qui provient d’ailleurs (Crédit photo: Roxane Labonté)

L’enfant regardait le vent, fasciné, et lui demanda:

-D’où viens-tu ?

-Je viens d’ailleurs…

-Est-ce que c’est loin, «ailleurs»?

-Ça peut sembler loin, mais c’est si proche.

L’enfant constata en effet que le vent était bien près, car il pouvait ressentir le souffle de ses douces mélodies dans ses cheveux, faisant virevolter ceux-ci. Mais en même temps, il se dit que le vent devait exister aussi à l’autre bout du monde.

-Je te sens, mais ne te vois pas. Tu sembles tellement grand! Où te caches-tu?

-Je suis partout. Je me cache dans chaque recoin de l’Univers, dans chaque cellule, dans chaque repli apparemment invisible de l’espace.

-Tu es invisible… Un peu comme un superhéros. Par contre, mes parents m’ont toujours dit de ne pas croire ce qu’on ne voit pas… Que l’imagination crée des choses irréelles pour fuir la réalité, ou que des gens sont fous. Pourtant, même si je ne te vois pas, tu existes vraiment, tu es bel et bien là. Sinon, je ne sentirais pas ta présence!

-Je suis désolé pour eux…. Ce qui est invisible ou abstrait n’est pas forcément illusion, hallucination ou délire imaginaire. La profondeur de l’invention peut même dépasser la réalité.

-Enfin, quelqu’un me comprend… Je suis très curieux; de quoi es-tu fait?

-Hum! Drôle de question. C’est difficile de répondre. Je suis tout et je ne suis rien… Je suis de l’air qui se déplace dans l’espace. J’ai des milliers d’yeux mouvants qui t’encerclent en tout temps. J’ai aussi beaucoup d’oreilles qui t’entendent constamment. Je t’épie malgré moi… Ainsi m’a fait la nature.

-TOUT ce que je dis?

-Oui, et même tout ce que tu penses!

-Cela me fait un peu peur… Mais, dis-moi, tu as des yeux et des oreilles, sauf que… tu n’as pas de bouche?

-Oui, j’en ai une! Toutefois, elle est très différente de la tienne. Je ne parle pas la même langue que les humains. On pourrait dire que mon langage est tout simplement sensoriel. Par exemple, en cas de force majeure, je déferle en vagues incolores sur tout ce qui se trouve sur mon passage. Mais la plupart du temps, je parle de façon modérée, faisant simplement tournoyer tes cheveux, comme tantôt. Je te donne aussi de l’air, quand il fait trop chaud. Je t’aide également à faire décoller tes cerfs-volants et à envoyer tes avions en papier.

-Oui! Ça, je connais.

-On m’entend beaucoup dans les plaines, les déserts, les espaces où rien ne m’arrête. Là où il n’y a pas de murs pour contrecarrer mon souffle rapide et sinueux. Dans les villes, je suis un peu moins présent… Je dois t’avouer que je préfère la compagnie des montagnes à celle des gratte-ciels.

-Je t’envie beaucoup d’avoir de si grands pouvoirs!

-Oh! Tu en as. Seulement, ils sont encore cachés à l’intérieur de toi. Chez certains, ils semblent innés. Mais parfois, il faut une vie entière pour les découvrir. Et parfois une autre vie pour les appliquer.

-Je vois… J’ai hâte de savoir quels sont les miens. Mais pourquoi tu me parles? Pourquoi moi? Je n’ai rien de spécial.

-Mais oui, cesse de te considérer ainsi! Je m’adresse à toi car tu comprends mon langage. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à m’écouter. Je murmure des secrets datant de mille ans à ton jeune esprit avide de découvertes, et ainsi je te transmets un riche héritage auquel peu de gens ont accès. Je t’effleure avec mes chansons silencieuses, mes chuchotements lointains, ou parfois mes bourrasques saccadées; le tout, pour te donner de l’inspiration. Et d’ailleurs, je te tiens compagnie chaque jour pour te rappeler la partie de mystère que recèle la vie… Je suis un compagnon invisible qui veille sur toi, que tu le veuilles ou non. J’espère que tu apprécies ma présence constante.

L’enfant sourit au vent. Il venait de se trouver un allié secret, une sorte de télépathe de l’au-delà qui le guiderait dans sa quête. Après avoir senti qu’il avait dit tout ce qu’il avait à lui dire, le vent voulut s’amuser et lança à l’enfant:

-Essaie de m’attraper maintenant!

Le jeune rit de plus belle, puis commença à courir dans toutes les directions, ses petites mains se refermant sur le vide, dans des mouvements enthousiastes et rapides.

Il tentait de saisir l’insaisissable.

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