Exil volontaire: la douceur d’un automne blanc

Le cœur en filaments…  Ouais, c’est «cheesy», je sais. (Crédit photo: Roxane Labonté)

Ça faisait un petit bout que je n’avais pas écrit d’article. J’ai déménagé il y a quelques semaines – j’étais dans le centre-ville avant, à quelques minutes de la station Sherbrooke, et maintenant je reviens près de mon ancien patelin, dans Rosemont, pour plus de tranquillité et de paix d’esprit… Le bruit du centre-ville m’importunait quand même beaucoup. En arrivant à mon nouvel appartement, je pensais que j’allais écrire tout de suite, que j’allais être plus productive que jamais. Mais cette énergie n’a duré que quelques jours… Je me suis vite rendu compte que de fortes émotions m’empêchaient un peu de travailler. Pour moi, ces émotions sont comme la pluie pour l’agriculteur: je dois prendre un moment d’arrêt lorsque la température n’est pas clémente. Et je dois entretenir les machines… 

Alors. Ces derniers jours… Je les ai passés enfermée chez moi. La grosse canicule finale de l’été a un effet de tempête de neige sur moi; j’osais à peine m’aventurer dehors. J’avais juste envie de rester près du feu/air climatisé (haha), et de cuisiner des trucs aux pommes qui sentent la cannelle; une sorte de Prière Méditative Culinaire Épicée, qui pourrait attirer plus vite l’automne. Mais là… Le processus semble continuer, même si la température est devenue plus froide. Je vis une espèce de «retraite», d’«exil» – je ne sais pas si c’est l’effet des murs blancs d’ici, ou si c’est juste moi qui exagère, mais j’ai l’impression de vivre un internement. Toutefois, je ne me sens pas folle (et je ne me suis pas mis de camisole de force non plus… haha 😉 ). Mais on dirait que je guéris de plusieurs choses importantes, et que j’ai besoin de temps pour les comprendre. Et aussi, je ressens le besoin de les partager.

L’asile à domicile…

J’ai eu des prises de conscience importantes, par rapport à quelques problèmes de santé (physiques et mentaux). Je n’irai pas dans le détail, mais en gros, je «combats» quelque chose, un peu comme quelqu’un aux prises avec une grosse grippe qui lui demande beaucoup de repos… En gros, selon le Laboratoire de Recherches Roxaniennes, j’ai cru comprendre que j’ai une personnalité dite «addictive», et que j’ai besoin de régler ces bibittes-là. Je n’ai pas encore de diagnostic officiel, mais quelque chose ne tourne pas rond. Je me demande si c’est effectivement la raison de mes troubles anxieux (ou si c’est l’inverse…?!), et si cette déprime due à cette découverte est passagère.

Oui, oui, même si je ne prends pas d’alcool ni de drogues, et ce, depuis des années (et que je n’ai jamais vraiment eu de problèmes sérieux), cette force obscure est indéniablement présente en moi. Je dois la comprendre, car elle m’a causé bien des problèmes… Et aussi, petite précision: mon but n’est pas d’être une martyre, mais bien d’expliquer ce que je traverse – bien que pour l’instant, je ne suis pas prête encore à parler de toutes ces choses de façon un peu plus «publique»… Ça viendra.

Recoudre  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Petite parenthèse pour me détricoter

Je suis vraiment reconnaissante d’avoir ce temps d’arrêt. Grâce à ma subvention pour l’écriture de mon tout premier livre Fragments épars, je peux profiter d’un rare hiatus, d’une petite parenthèse blanche qui éclaircit les zones les plus obscures de mon être. C’est parfois ardu à récurer dans les coins et, dépouillée de tout ce qui m’obstruait la vue auparavant, je suis dorénavant en mesure de bien scruter les sources de mes obsessions, et de voir l’ensemble des choses sur lesquelles je n’ai jamais pu mettre le doigt. 😯 Je me sens comme une couturière qui tire sur le fil qui dépasse et qui dénoue toute la trame; je découvre le fil conducteur qui traverse l’entièreté de ma vie. C’est vraiment bizarre.

Parfois, aussi, je deviens archéologue qui exhume des fossiles. Je vois maintenant très clairement les os qui ressortent du sable, et je dois les extirper un à un, afin de comprendre dans quel contexte ils ont été ensevelis. Tout ce processus est intuitif, et même si c’est un peu noir, je sais que je suis en train de me «rebooter le système» complètement.

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Fouilles intensives…  (Crédit photo: Roxane Labonté)

J’ai bel et bien retrouvé l’écriture en 2017, mais… Je ressens le besoin de retracer la crise identitaire qu’a été ma vie durant 28 ans (sans virer dans le déversement public d’un journal intime…). Mais pourquoi là, en ce moment? Peut-être parce que j’ai le feeling que j’ai soudainement en main une sorte d’outil très puissant, qui laisse peu à peu les parois de ma vie «spic-and-span», et que je dois en profiter pendant que je le tiens enfin. J’ai maintenant un besoin viscéral de frotter fort dans les endroits récalcitrants, de désagréger les vieilles croûtes, de dissoudre ce qui était collé… À mesure que j’avance dans ce «Grand Ménage d’Automne», je me sens plus légère; je me retrouve. Et à travers ça, je découvre une certaine forme de courage, un calme qui ne m’habitait pas avant (ben ouais, je ne suis pas toujours calme). On dirait que je retire des aiguilles et des épingles toutes rouillées, qui étaient enfoncées depuis des années dans mes chairs (drama-queen, je sais… 😯).

Affiche trouvée par terre… «Attend», ça prend un S, dude (ou dudette).  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Ouvrir une «canne» de vers: Fragments épars et son processus douloureux

C’est intense. J’ai l’impression d’ouvrir une «canne» de vers. De plonger les mains dans un panier de crabes. De déballer une boîte dégueulasse et pourrie, à l’odeur fétide, qui me lève le cœur. Ça m’écœure de faire ça. Mais on dirait qu’il faut que je le fasse. Et pire encore, que j’en parle. Peut-être que tout ça est en train de devenir l’écriture de ma biographie (parce que tsé je me trouve tellement intéressante là… pfft). Parfois, j’ai juste envie de jeter tout ça à la poubelle, que ça disparaisse, mais je sais que je ne peux pas. Tout ce que j’ai vécu – ou pas vécu – a laissé de profondes conséquences en moi. Et d’ailleurs, c’est assez singulier, car dans ce processus que je pourrais presque qualifier d’«exorcisme», j’écris entièrement à la main (à part le présent article!). Remplir une vingtaine de pages en une seule journée… Je crois que c’est mon record. Et je pense aussi que j’ai besoin de chiller 😯

En tous cas. En revisitant certaines périodes de mon passé, je déterre des textes qui figureront dans Fragments épars. Le processus créatif de ce livre est très organique! 😯 Je suis surprise de cela, moi qui croyais que je pourrais me faire un petit horaire de création, et ainsi être «poète à temps plein»… Haha. Les mystères ne se percent pas (nécessairement) à 14h15 après la pause-café… Petite blague. Bref, je vous reviendrai avec quelques témoignages de cette parenthèse, qui semble sur le point de bientôt se refermer.

Les veines à vif  (Crédit photo: Roxane Labonté)
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2 Comments

  1. J’aime bien ton article… il est très humain et ça manque en littérature. J’ai été un peu absente d’internet ces jours-ci et je te retrouve sur mon écran et c’est très agréable. J’aime tes pointes d’humour comme la photo du message pour le remorqueur et ton commentaire qui dit **j’attend** prend un S dude ou (dudette) … alors je me permettrai de te dire que **chessy** s’écrit cheezy (dudette) … ahahahah

    1. Salut! Je suis contente de te retrouver aussi! J’ai jugé pertinent de mettre des petites touches d’humour dans le texte, car sinon… Ça aurait été «noir foncé», haha. (Et merci pour la coquille, je viens de corriger!)

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