Volume III d’Above the Snow Line: protection contre les vagues meurtrières

Celui que j’aime bien présenter comme le Trent Reznor du Québec, Matthieu Gauthier Prud’homme, a lancé The End Is… Soon Enough III le 14 septembre dernier avec son projet Above the Snow Line. À ce moment-là, j’avais réalisé une entrevue avec lui pour présenter ce troisième volet. Plus tôt dans l’année, j’ai également présenté une critique du premier album (contenant les parties 1 et 2), sorti le 9 février 2018 (à lire ici sur Le Canal Auditif). L’homme derrière le projet est des plus prolifiques; trois albums en un an! Portrait de ce dernier tome, un album lisse, noir et précieux comme une obsidienne.

Promenade tragique sur une plage de sable noir

Je suis vraiment synesthète quand j’écoute de la musique. Je vois des couleurs et des images, de même que je ressens des sensations très tactiles… Et pour moi, écouter The End Is… Soon Enough III d’Above the Snow Line, c’est comme être à Reynisfjara, une plage de sable noir située à Vík í Mýrdal, en Islande. Ouais, ouais pour vrai! 😮C’est un album où trois chansons ressortent, à l’image des Reynisdrangar (les colonnes de lave solidifée de la dite plage): la pièce-titre, No Matter How et Downfall. D’ailleurs, le souffle qui traverse cet album de rock industriel rappelle celui des grands: Nine Inch Nails, Marilyn Manson et Skinny Puppy.

(Crédit photo: Matthieu Gauthier-Prud’homme)

Above the Snow Line: «Nine Inch Nails-esque»

Ce troisième tome est, une fois de plus, entièrement conçu par Matthieu Gauthier-Prud’homme, qui a assuré la composition, la production, l’enregistrement et l’artwork. Seul le mastering a été confié à un tiers, soit Mathieu Grégoire, de Synchro Postproduction Audio. Cet album est définitivement très «Nine Inch Nails-esque» (ouais, joli mot, hein? 😉), surtout sur In Hopes of Seeing the Dawn, la chanson qui ouvre l’album. Cette pièce éthérée et toute en douceur rappelle Hurt, mais en plus inquiétant! On croirait entendre les voix des fantômes rôdant sur la plage sinistre et magnifique de Vík í Mýrdal… Des influences d’IAMX se font aussi entendre dans le son d’Above the Snow Line, particulièrement sur Gone Insane, dont la voix pourrait être par ailleurs celle d’un NiVeK OgRe de Skinny Puppy – mais avec un peu moins d’effets «fuckés».

Et parlons-en, de cette voix… Trois tracks de vocals superposées pour beaucoup de pièces; un véritable travail de forgeron, un souci du détail. C’est raffiné. On aurait aimé entendre plus de sa voix de falsetto (comme sur A Better Place du précédent opus, par exemple)! Ces réminiscences de Radiohead, et même parfois de Muse, sont très appropriées au style d’Above the Snow Line. Aussi, les screams en arrière-plan sur Pray the Gods  démontrent le grand potentiel du chanteur, de même que sa polyvalence. Et d’ailleurs, la musicienne en moi souhaiterait qu’il y ait un peu plus de guitares, mais c’est tout à fait personnel.  😉

(Crédit photo: Matthieu Gauthier-Prud’homme)

Ça arrache l’âme!

Voici donc ce qui ressort du lot. D’abord, la pièce-titre de l’oeuvre d’Above the Snow Line, The End Is Soon Enough, rappelle beaucoup Last Day On Earth de Marilyn Manson. Cette chanson est très efficace et ses paroles font réfléchir:

Are you in a rush?
Don’t you think that the end is soon enough?
Now you should go back to bed / Count all your sheeps instead

Puis, après, arrive No Matter How… À la fois tearjearker et ver d’oreille, cette pièce veloutée donne des frissons. La distorsion dans le synthétiseur évoque des fragments numériques, des ondes et des fréquences troubles… Elle me fait également penser à cette phrase: «Ce que tu fuis te suit, ce à quoi tu fais face s’efface». No Matter How semble presque se continuer dans la dernière pièce, You’ll Never Win, qui a une belle vibe de Man That You Fear de Marilyn Manson. Ça arrache l’âme, mais on en redemande. 😮

Wherever you go / I’ll follow you
Whenever you fall / I’ll be there to catch you
If you ever feel lost / I’ll guide you around
Wherever you end up / I’ll be found

Downfall, définitivement la pièce la plus énergique de l’album, change pas mal le mood! Elle est plutôt rock, surtout à cause du drum, moins électronique, et ça fait changement. Cette chanson semble vouloir dénoncer une apocalypse imminente et presque bienvenue… Si ses paroles sont teintées de noir, le rythme fait davantage appel à notre instinct de survie.

Mass confusion / Among the population
Lies and corruption  / Leads to this conclusion:
We’re heading straight into a wall / A collision that will crush our hearts
The worst our planet ever saw / Explosions that will wipe us all

Silence, avant-dernière chanson de The End Is… Soon Enough III, vaut aussi une mention spéciale. Torturée et angoissante, elle possède une connotation d’urgence, d’ultimatum, qui rappelle Empty, Obsolete de l’album précédent. Un moment insaisissable – comme si on tentait d’ouvrir une poignée de porte pleine de sang qui nous glisse des mains…

(Crédit photo: Matthieu Gauthier-Prud’homme)

The End Is… Soon Enough III: un album serti de pierres noires

Somme toute, ce troisième tome est un peu plus lent au niveau du tempo, à l’image d’un gros engrenage puissant et lourd. Malgré une impression floue que certaines pièces auraient pu être encore plus poussées (surtout au niveau des vocals, étant donné les capacités du chanteur), l’album fait vivre des moments «magico-tragiques», dans une subtilité et une délicatesse bien dosées. Et on veut savoir la suite! Ça se termine sur une note un peu abrupte! 😮Peut-être est-ce parce que l’oeuvre d’Above the Snow Line est un flot continu, un peu à l’image du Longplayer, créé à Londres. Bref, si les vagues de la vie sont parfois menaçantes, il convient de porter sur soi cet album comme une amulette contre le mauvais sort…

Pour suivre Above the Snow Line, alias Matthieu Gauthier Prud’homme, c’est par ici sur Instagram! Cet album en trois temps est disponible sur Bandcamp, ainsi que sur toutes les plateformes de musique numérique. Laissez-vous envoûter par ce flot sombre…

(Crédit photo: Matthieu Gauthier-Prud’homme)
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