«Matelas dément»: réminescences d’une nuit agitée au pied du glacier Vatnajökull

Vatnajökull
Le glacier Vatnajökull, dans le parc national de Skaftafell en Islande (Crédit photo: Roxane Labonté)

Vous arrive-t-il souvent de ne pouvoir fermer l’oeil? D’être étendu, mais de ne jamais arriver à calmer votre esprit? J’ai vécu cela lundi passé, alors que de forts vents inhabituels sont venus cogner à ma porte. Quand l’insomnie survient, je divague et dérive comme un bateau ayant perdu ses rames. Tourne d’un bord, tourne de l’autre, je me lève, je me recouche et… Les heures se déglinguent. Au cours de cette journée infinie, je me suis rappelée que j’avais déjà vécu une situation semblable en Islande l’année passée. 

Secouée par le vent, près du glacier Vatnajökull

Précisément le 24 juin, je venais d’arriver au pied du glacier Vatnajökull, après avoir traversé des déserts de sable noir, de roches volcaniques et de mousse verte pendant environ deux heures (article à venir… 😉 ). Je m’étais garée sur le bord de la route (je dormais dans une auto!) près du parc national de Skaftafell, et j’ai tenté de sombrer dans les bras de Morphée. Mais le son troublant, étrange et magnifique de ce vent semblait posséder une âme en lui-même, me dictant de rester éveillée…

Errer dans les vastes plaines de mon subconscient

Alors que j’écoutais le souffle de cette mélodie invisible les yeux fermés, je me suis souvenue d’un texte que j’ai écrit sur le sujet il y a quelques années, alors que je travaillais chez Transcontinental. À l’époque, j’étais sur un horaire de nuit, alors je tombais souvent dans ces cycles étranges, où mon esprit se retrouvait dans une sorte de désert. Je marchais alors constamment dans cette immense étendue, sans vraiment retrouver la route du sommeil… Dans ces moments-là (et dans beaucoup d’autres! 😉 ), j’écrivais, pour me mettre en phase avec ce que la nature me disait. Voici donc Matelas dément, qui paraîtra dans mon recueil Fragments épars!

Matelas dément

L’insomnie me ronge et me regarde de haut
Je déteste naviguer sans repères dans ces eaux
Où tout semble flou et propice à la paranoïa
Et l’obsession du repos… qui jamais ne viendra

Mille pensées et mille images
Tourbillonnent avec mille visages…
Se retourner, changer de position
Pour espérer voir venir l’absolution

Décider de se lever, malgré l’épuisement
D’une nuit passée dans un lit défait, dément
Douleur aiguë et rage du non-respect criant
Haine viscérale de tous les bruits environnants

Quand je pose ma tête sur l’oreiller
Je veux m’éloigner de vos quotidiennetés
Être un oiseau nocturne cause un décalage inouï
De ce que vous appelez jour et moi, nuit

Les courbatures immenses de cet état affaibli
Me rappellent le souvenir de ces douces nuits
Où, privilégiée, j’ai pu rencontrer Morphée
Sans devoir constamment le harceler…

Peu de choses sont aussi désagréables
Que de courir après le marchand de sable
Peut-être faut-il simplement cesser d’y penser
Pour qu’il saupoudre sur nous sa générosité?

Chiffonnée comme un vieux livre cent fois lu…
Puisse mon âme trouver apaisement et confort
Lorsque, comme une malade voulant la mort
Je fermerai les yeux pour obtenir mon salut!

Écrit en 2015

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Le glacier Vatnajökull, dans le parc national de Skaftafell (Crédit photo: Roxane Labonté)
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