Septentrionalisation

Volcan Hverfjall, près de Dimmuborgir, en Islande (Crédit photo: Roxane Labonté)

Je mets un point d’honneur à trouver les bons mots pour décrire mon état d’esprit. Je me retrouve parfois à en créer de toutes pièces, comme s’il n’y en avait pas assez dans la langue française. 👀 Ces néologismes s’inventent un peu d’eux-mêmes, intuitivement, sans que je m’en rende vraiment compte… Il arrive que je réalise, après coup, que certains mots n’existent effectivement pas.

Qu’est-ce que septentrionalisation veut dire?

«Septentrion» est un terme «vieilli», «littéraire» ou encore «soutenu», selon quelques dictionnaires. Il signifie le Nord en général, ou les régions nordiques, et provient du latin septentrio, alias la Petite Ourse et ses sept étoiles. Je voulais faire état de quelque chose ou de quelqu’un qui s’«hivernise» ou se «nordicise». Qui prend les caractéristiques de l’hiver, le personnifie ou l’incarne, jusqu’à le devenir… J’ai allongé le mot «septentrion» avec un suffixe apportant une notion de transformation.

Septentrionalisation figurera dans mon recueil Fragments épars.  En passant, j’ai retenu plus de 90 textes qui figureront dans ce projet! 😯 C’est un chiffre énorme, alors j’ai pensé faire deux volumes… Ou peut-être une trilogie poétique? À suivre! D’ailleurs, ce sera un livre varié: le plus long texte se rapproche de mille mots, et le plus court n’en possède que 35.

Ce texte a été écrit en 2010, et ça faisait un bout que je voulais le publier, mais je ne trouvais pas de photos idéales pour l’illustrer. On pourrait presque dire que je suis allée les chercher en Islande, lors de mon voyage en janvier… J’étais en quête de quelque chose, à l’instar du film La vie rêvée de Walter Mitty, où le personnage principal se rend dans ce pays pour récupérer la photographie manquante d’un article. 😉

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Septentrionalisation

Dans ce monde auparavant constitué d’abondance
D’abandons luxuriants, de magnifiques et lascives danses
De pensées élevées, d’accélérations de croissance
De chauds réconforts, de paix et de multiples grâces

Est apparu peu à peu un frimas complexe et ardu
Le monde s’est saupoudré lentement de neige distordue
Transi, il s’est frigorifié à l’extrême et, interminable
Il se figea, devenant iceberg abominable

Le sommeil couvre le macrocosme, d’une glace blancheur de cadavre
Où chaque particule devient un incisif et impénétrable linceul de givre
De mon esprit s’envole définitivement et uniformément l’ataraxie
Et s’y écroule longuement la plus asthénique et maladive ataxie

Mon cœur n’est plus qu’un désert où, mordant, le vent sibérien souffle
Et mon âme, qu’un immense océan arctique, sclérosé par ce gouffre
Mes yeux ne voient que terreurs méphitiques, manques et absences
Et mes mains savent qu’elles ne pourront saisir une seconde chance

Un rivage pauvre, désolé, où règne un silence plus que léthargique
Torturé par les vagues glaciales qui emportent des souvenirs statiques
Le courant, anéantissant toute forme d’émotion dans la mer scandinave
Disperse l’oubli définitif et congèle les entraves

Le sang de cette aurore boréale, sans aucun hémostatique
Fragmente le ciel sans compassion d’un rire soutenu et satirique
Et recouvre désormais le monde stérile, inguérissable, acrimonieux
Où gisent les réconforts illusoires et les hymnes les plus disharmonieux

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vatnajokull-tongue
Partie de la langue glaciaire du Vatnajökull, Islande (Crédit photo: Roxane Labonté)
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