Je suis autiste

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Des ciseaux au bout des doigts 

Je me suis souvent sentie comme Edward aux mains d’argent. Non pas parce qu’on partageait les mêmes goûts vestimentaires (quoiqu’il y a un peu de ça aussi…👀), mais bien parce que j’ai toujours eu des «mains d’autiste» qui rendent mes contacts sociaux ardus. J’ai quelque chose d’indéfinissable et d’invisible au bout des doigts. C’est juste «là», sans que je l’aie vraiment décidé, et je dois faire avec. Je suis née comme ça, comme Edward, avec des «mains» étranges et pas conventionnelles.

J’ai toujours ressenti un malaise vague, quand venait le temps de parler à des inconnus, de connaître de nouvelles personnes, ou encore pire, parler en public… Comme si j’avais quelque chose d’abominable aux mains, quelque chose d’atroce que je contrôle mal. Mais je me disais simplement: qui ne vit pas ça?

Mon chemin d’autiste

C’est fou. Ça a vraiment pris du temps avant que je mette le doigt sur le bobo. Que j’allume, que je me rende à l’évidence. Et surtout, que j’accepte toutes ces choses qui me mettaient un peu à part des autres. Non pas que je me sois considérée comme «spéciale» dès mon plus jeune âge… Je ne voulais pas nécessairement ressortir du lot, sauf que ça venait naturellement avec ma personnalité.

Je me suis toujours vraiment sentie différente des autres, mais je mettais ça sur le compte d’une sorte de timidité ou d’introversion un peu maladives… Sans vouloir faire la victime, cela était banalisé, voire même ridiculisé dans mon environnement. À l’école, j’étais la fille qui ne parlait jamais. 😕 J’ai vécu de l’intimidation par rapport à ça, et je croyais n’avoir aucun recours. Aussi, il n’y avait pas moyen de savoir ce que «j’avais» dans ce temps-là, étant donné l’absence de couverture médiatique sur le sujet. L’autisme n’était pas un sujet dont on parlait comme aujourd’hui (tout comme l’anxiété et la dépression, d’ailleurs).

Une fois sur le marché du travail, les choses ont été quand même difficiles. J’ai toujours été fonctionnelle, même si parfois je frôlais l’inexistence 😕 👻 à cause de ce grand silence indéchiffrable. Hé là là. J’ai fini par trouver ma place, après quelques années, même si je n’ai jamais vraiment «fitté», à part à Montréal, là où être différent(e) ne pose pas de problème. On peut se fondre dans la masse de la ville car ici, la diversité est la «norme». Ça fait changement de la mentalité du petit village d’où je viens.

Parlant de ça, j’ai été élevée sur une ferme. Et il fallait travailler. On n’avait pas le temps de s’en faire avec ce type de problématique. J’étais simplement renfermée sur moi-même, avec une manière bizarre de communiquer; le dossier était clos. Toutefois, je n’ai jamais manqué de rien. J’ai eu la chance d’avoir des parents aimants et généreux qui, même s’ils ne me comprenaient pas vraiment la plupart du temps (à l’instar de mes profs ou des autres élèves des classes), ont été patients avec moi. J’ai toujours été bien entourée. Je crois seulement que je ne savais pas trop comment je pouvais laisser les gens m’aider.

J’étais alors une huître immobile qui n’attendait plus rien, pas même d’être ouverte par quelqu’un. Mais en dedans, ça bouillait et je ne trouvais pas de réelle façon d’exprimer ce que je ressentais, à part dans les arts. J’ai toujours eu un sentiment de honte en général, comme si tout ça était vraiment de ma faute. Comme si c’était à moi de juste parler plus aux gens. De juste «arrêter d’être gênée». D’être plus normale ou comme les autres, whatever that means.

Toute cette anxiété indéfinie et diffuse a laissé place à des comportements compulsifs ou autodestructeurs, comme l’automutilation… L’anxiété a toujours été présente dans ma vie, d’aussi loin que je me souvienne, mais j’étais quand même capable de fonctionner. C’est pour ça que j’avais de la difficulté à dire (ou même à admettre) qu’il y avait peut-être un problème. Ou devrais-je plutôt dire, une condition particulière, une cause précise à la racine de tous ces agissements «pas rapport». En tous cas, on n’est pas non plus en train de faire ma psychanalyse! 👀

Pourquoi je parle de ça maintenant?

En 2016, j’ai côtoyé quelqu’un qui était Asperger. Il me parlait de comment il vivait ça et déjà, je me suis reconnue. J’avais fait un test en ligne, et j’avais mis ça de côté… D’autres trucs plus urgents devaient être réglés dans ma vie à ce moment-là. Mais j’ai vu le documentaire de Louis T récemment, et ça m’a fait repenser à tout ça et je l’ai alors refait. Les résultats sont que je possède à la fois des traits autistiques et neurotypiques (néologisme pour définir les gens «normaux», non autistes). Tout pointe vers le syndrome d’Asperger, aussi appelé autisme à haut fonctionnement. C’est un vrai soulagement de découvrir ça, et de vous en parler, même si je trouve ça difficile et que c’est quelque chose qui était profondément enfoui en moi. Le fait de savoir que je ne suis pas seule dans cette situation m’apporte aussi un grand réconfort (même si je n’ai jamais rencontré la plupart de ces gens-là en vrai haha 👀).

Résultats du test

J’ai beaucoup lu sur l’autisme et c’est tellement évident que je suis Asperger. Par rapport aux autres caractéristiques principales, je suis vraiment sensible aux stimulus extérieurs. Les foules et le bruit prolongé m’épuisent vite (choses très contradictoires et décevantes, étant donné mon grand amour de la musique). Mon profil correspond aussi à certains traits de base par rapport à l’hypersensibilité (toucher, sons, odeurs, goûts, lumière forte, humidité ou vent, chaleur et champs électromagnétiques). Mention spéciale aux contacts physiques: serrer des mains ou donner des becs pour me conformer à certaines «normes» sociales est un comportement que je ne comprends pas trop.

Par rapport aux traits dits «Aspie intellectuels», je possède des intérêts forts (talents spécifiques), qui peuvent être obsessionnels (TOC). Par exemple: analyse et collecte d’informations, remarquer les détails, imagination inhabituelle, idées uniques… Ce genre de choses a tout à fait rapport avec le journalisme et l’écriture créative.

J’ai parfois aussi de la difficulté avec les contextes sociaux, mais ce n’est pas du tout personnel. Ce n’est vraiment pas parce que je n’aime pas les gens. Je dois être seule et dans le silence pour recharger mes batteries, et ça adonne que ça arrive vraiment souvent. 😳Quand je faisais des shows avec mes bands, j’en avais pour des jours à m’en remettre, surtout lorsqu’on en faisait deux ou trois de suite. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait.

Malgré ces bizarreries, je n’ai jamais eu un recours intense à des substances pour me sentir mieux en société, parce que je n’aime pas vraiment le goût de la bière ou de l’alcool en général, et je «badtrippe» juste en fumant du pot haha. Je suis chanceuse de ne pas être tombée là-dedans (même si j’ai fait mes trips comme tout le monde à l’adolescence), car ça aurait vraiment pu arriver.

Par contre, sous ces traits prédominants, certaines caractéristiques typiquement autistiques semblent moins en évidence chez moi: je suis très émotive (même si j’ai un visage constamment neutre 😳 ce n’est pas voulu…), et je suis flexible par rapport aux routines. Par exemple, j’aime aller en voyage et j’adore la vie de travailleuse autonome, où chaque jour est différent.

Des outils étranges découverts à travers l’autisme

Je dois avouer que le chemin fut ardu, parce qu’à travers tout ça, j’ai souvent «essayé d’être plusieurs personnes» et ce besoin de fitter quelque part n’a jamais vraiment été comblé. J’ai honte quand j’y repense. Normal, je me promenais en public avec des «mains» inhabituelles et je ne savais même pas que je les avais. Je n’en prenais pas soin, et ces ciseaux sont devenus rouillés. Ils ont souvent occasionné des maladresses, ou créé des situations où j’ai blessé des gens involontairement. Je ne savais pas comment dealer avec tout ça. 

Mais ces mains d’argent m’ont aussi donné tout ce que je sais faire maintenant, parce que c’est seulement dans la solitude que j’ai pu écrire, lire et apprendre comme je le fais en autodidacte. L’autisme et toutes ces difficultés relationnelles m’ont menée tout droit à l’écriture dès mon plus jeune âge.

C’est aussi en suivant ma vraie personnalité lors des dernières années que j’ai pu vraiment comprendre mes talents, qui ont pris leur envol à travers ça. En acceptant cette différence, j’ai fait un changement immense dans ma vie. Je me suis retrouvée. Pour écrire, j’ai besoin d’être dans la tranquillité, alors ce côté de ma personnalité est devenu de plus en plus important. Je n’aurais jamais pu développer ces prédispositions naturelles que j’avais dans l’enfance si je n’avais pas passé tout ce temps-là seule.

Pour l’instant, je n’ai pas de diagnostic «officiel». Peut-être que ça me ferait sentir mieux, comme si je pouvais enfin mettre le doigt sur quelque chose, mais je trouve le processus un peu complexe et surtout vraiment coûteux (si on ne veut pas être mis sur une liste d’attente). Mais est-ce absolument nécessaire? De mon côté, on dirait que tous les signes sont là. Je le sais, un point c’est tout.

Je resterai toujours avec ces outils étranges aux mains, peu importe où je vais et ce que je fais. Ce n’est pas quelque chose dont on peut guérir, car ce n’est pas une maladie. Je serai toujours capable de faire à peu près ce que tous les autres font, mais en apprenant à vivre avec cette différence. En dealant avec quelque chose que la majorité des gens n’a pas. Et surtout, à comprendre ces mains d’argent, sur lesquelles je n’avais jamais réussi à mettre un nom. ✂️🌳❄️

4 Comments

  1. Étrangement, je m’y reconnais dans tout cela. Mais je suis Zèbre et non asperge.
    J’ai été diagnostiqué il y a un an et demi. Depuis je me comprend mieux et c’est ça le secret.

    1. Je vais lire un peu plus sur les «zèbres» car je ne suis pas tombée sur beaucoup de textes parlant de ce sujet à date. Je me demande où se situe la limite entre ça et Asperger… Et comment peut-on être qualifié ou reconnu comme étant surdoué? C’est une notion assez vague. À suivre! Et merci d’avoir lu 😊

  2. Comment se sont passées les relations amicales? Est-ce que c’était drainant ou est-ce que ça menait à des incompréhensions, des conflits aberrants, ou est-ce qu’au contraire ça a permis des relations de qualité?

    1. Allô!
      C’est une bonne question… Je te dirais que ça dépendait vraiment des personnes que je rencontrais (et surtout des contextes!). Quand j’étais jeune (à l’école primaire) j’ai fait face à beaucoup d’incompréhension, car je portais presque une cape d’invisibilité haha :S. Mais plus tard, vers la fin de l’adolescence, j’ai eu la chance de trouver plusieurs personnes qui m’acceptaient comme j’étais et j’ai pu «devenir» moi-même, et être en mesure de mieux m’exprimer. Voilà!

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