«L’entrée d’cave» et autres monuments intouchables

Bâtiment en ruine à Montréal

Un escalier extérieur menant au sous-sol de la maison où j’ai grandi, à St-Pie de Guire, tombe peu à peu en ruines. D’année en année, il s’effondre, mais il est encore tout de même fonctionnel. Je me demande si mon père va le réparer un jour… J’en doute, car ces marches menaient vers une ancienne vie.

Combien de fois ses pas, et ceux de ma mère, ont-ils foulé «l’entrée d’cave», pour aller travailler à la ferme, et revenir à la maison? Combien de fois les deux portes en bas et en haut de l’escalier se sont-elles ouvertes et refermées, matin et soir, pendant les 25 ans où ils ont dévoué leurs vies. Après s’être changés en vêtements de travail dans la pièce adjacente où il y a aussi une salle de bains, ils gravissaient alors cette dizaine de marches comme d’autres prendraient le train, le métro ou leur voiture pour se rendre à leur travail.

Je me dis que, maintenant, quand mes parents montent cet escalier pour sortir dehors, ils doivent se sentir un peu comme je me sens quand je vois des vieilles photos de mes bands ou quand j’entends mes propres tounes (ce qui arrive assez rarement)… Ce sont les vestiges d’une ancienne vie.

Peut-être est-ce un peu laissé à l’abandon? Toutefois, je crois que certaines choses n’ont pas besoin — et même, ne devraient pas — être rénovées. On devrait peut-être les laisser intactes, comme ça, comme les pièces d’un musée que seuls les pieds qui les ont parcouru pendant des années peuvent comprendre. Elles sont le témoin d’une existence révolue, et, sans elles, nous n’aurions pas de «preuve» constante, physique, réelle, des accomplissements de nos vies. Alors, gloire à cet escalier branlant, gloire à ces choses intouchées qui témoignent d’une époque importante. Ce sont comme des monuments un peu invisibles, dont seuls nous-mêmes pouvons célébrer l’existence.

Je suis traversée de l’autre côté d’un escalier métaphorique moi aussi, après que l’écriture soit devenue ma première source de revenus – et la raison pour laquelle mon cœur bat encore si fort.

Bâtiment en ruine à Montréal

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