Arnardrangur: le monolithe des aigles

Arnardrangur vu de Dyrhólaey 😮 (Crédit photo: Roxane Labonté)

Alors que je conduisais à travers une solitude plus que bénéfique dans les vertes landes du pays du feu et de la glace, j’ai réalisé que bien souvent, le meilleur des voyages est celui où on est spontané. Arnardrangur m’a confirmé cela, moi qui suis tombée par hasard sur ce géant magnifique en écoutant ma petite voix.

Itinéraire modifié

Lors de ce voyage, j’avais prévu de faire le Ring Road. Il s’agit de faire le tour du pays au complet en huit jours (genre calme-toi là 👀 )… 1 339 kilomètres à parcourir, le tout dans une vitesse un peu effrénée; un vrai défi. Certains le font au complet, mais j’ai découvert que ce n’était pas ma destinée… Outre le stress inutile de devoir toujours me dépêcher, je conduisais beaucoup et je n’étais plus habituée à faire autant de route! J’ai senti que je devais écouter la petite voix qui me disait de ralentir.

L’immensité d’Arnardrangur

Après avoir traversé un peu plus du quart du pays (environ 330 km, selon Google Maps), j’ai fait un genre de demi-tour. J’ai traversé une partie du parc national de Skaftafell, et mon intuition m’a dit de revenir lentement sur mes pas, sinon la fatigue allait me rattraper… Et je suis du genre à aimer prendre mon temps. J’ai donc décidé d’improviser pour le reste du voyage, en passant par des chemins différents pour explorer le Suðurland (sud du pays). Sur le chemin du retour, près de Vík y Myrdal, j’ai atterri «par hasard» à Dyrhólaey. À cet endroit, Arnardrangur, dit «le rocher de l’aigle», se dresse dans toute sa splendeur. Face à son immensité, plus d’issue possible: désormais, rien n’empêchera mes ailes d’écrivaine de fendre le vent. 🦅

Arnardrangur avec les magnifiques vagues de la plage Kirkjufjara! 😍 (Crédit photo: Roxane Labonté)

Quand je suis arrivée en face de ce stack formé d’orgues basaltiques (même type de formations rocheuses  que le mont Gardar, à Vík y Myrdal) de quatorze mètres de hauteur, j’ai eu le souffle coupé. Alors que je contemplais l’immense bloc de pierre qui transperçait la mer, j’assistais à une transformation lente ayant lieu en moi. Plusieurs petits engrenages se sont mis en marche peu à peu dans mon cerveau. Tel un monolithe qui contiendrait une intelligence supérieure à la nôtre, Arnardrangur imposait le silence et la réflexion profonde. «Liberté!», me criait ce rocher, alors que les vagues de la plage Kirkjufjara nettoyaient tout ce qui était rouillé en moi et l’emportait au loin dans l’Atlantique…

Arnardrangur: l’aigle pétrifié

Le nom du rocher vient du fait que des aigles y établissaient leurs nids jusqu’à 1850. Il y a seulement 40 ans, l’espèce des pygargues à queue blanche (aussi appelés grands aigles de mer) fut en danger critique d’extinction. Mais depuis, l’espèce s’est rétablie dans le pays, et peu à peu, les aigles retournent dans les vieux nids. Le plus vieux d’entre ces derniers aurait 150 ans! D’ailleurs, ces oiseaux sont les plus gros de toutes les espèces d’aigles. La longueur totale de leurs ailes (wingspan) est d’un peu plus de deux mètres en moyenne. En plus, ils vivent jusqu’à 25 ans. 😮

Un «rocher Percé» islandais

Dyrhólaey (The Arch with the Hole) est une petite péninsule de 120 mètres de haut, qui ressemble un peu à notre rocher Percé. L’arche de Dyrhólaey est située sur une ancienne île d’origine volcanique, qui est aussi une réserve naturelle protégée. Du haut de ses falaises, on a une vue intéressante sur les plages de sable noir s’étendant à l’ouest, et sur les Reynisdrangar à l’est. La plage Kirkjufjara est malheureusement fermée depuis janvier 2017, à cause de la dangerosité des vagues de l’Atlantique. On peut toutefois la regarder de loin, comme je l’ai fait.

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L’arche de Dyrhólaey  (Crédit photo: Roxane Labonté)
Vue partielle de la superbe plage Kirkjufjara, avec les Reynisdrangar de Vík í Mýrdal au loin! (Crédit photo: Roxane Labonté)

Arche naturelle improbable

En Islande, on tombe invariablement sur des trucs sortis tout droit d’une autre planète, comme cette arche naturelle. J’ai peut-être été géologue dans une autre vie, car la découverte de toutes ces structures insolites sortant de l’écorce terrestre me fascinait vraiment ! 🤓 On aurait dit que plusieurs petits sculpteurs déjantés travaillaient sans cesse dans les entrailles de la Terre, se foutant un peu du résultat, plus qu’abstrait.

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Être spontanée

En face d’Arnardrangur, j’ai appris ce que la spontanéité signifie, moi qui voulais trop souvent tout organiser et planifier. J’avais besoin d’apprendre comment laisser la vie aller son cours, et aussi suivre ce «flot»… Parfois, les choses ne semblent pas trop logiques du premier abord, mais après coup, on comprend souvent pourquoi on «doit» aller à un endroit précis, ou poser une action. Comme ça dit dans une chanson de Powerman 5000 (belle référence… haha): Somewhere on the other side of nowhere / That’s where we’re going and you’ll know when we get there.

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