Je voyage en solo… et puis?

 

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Liberté!!! Désert de Judée en Israël

Voyager en solo devrait être banal. Ça devrait être plus répandu, et surtout moins « tabou ». Beaucoup de gens ne comprennent pas trop le trip de faire ça, et sont surpris lorsqu’on leur en parle. Pourquoi je voyage ainsi, et d’où c’est venu? Explications sur les doutes que l’on peut avoir envers soi-même, et idées pour y faire face.

J’ai toujours été solitaire – pour moi, la solitude est un endroit où je peux vivre de belles expériences. Je ressens une attraction pour les moines, les hermites, les esseulés… Quiconque vivant dans la contemplation, et est un observateur quasi-extérieur du monde, gagne mon plus grand respect. Alors, lorsque je veux partir en voyage, être seule ne m’apparaît pas intimidant.

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Always trust yourself! Vu à Tel-Aviv, 2018 (Crédit photo: Roxane Labonté)

J’aime vagabonder dans les rues vibrantes. Comme une plume au vent, me laisser porter, libérée de toutes chaînes matérielles… Rêveuse, flâneuse, je divague, alors que des phrases se forment dans ma tête, dictées par une entité plus grande que moi. Voir plus loin que mes yeux, voir ma propre vie se réfléter dans les traits d’un étranger. Observer furtivement ce que les gens font; écouter discrètement ce dont ils parlent, parfois devenir presque effrontément voyeuse. Comme une éponge qui absorbe tout, le monde est ma nourriture, et je vomis ensuite ma façon de le voir avec l’écriture.

I am where it takes me… (Black Light Burns)

En général, les interactions humaines drainent mon énergie vitale. Lorsque j’ai trop d’informations dans le cerveau (ce qui arrive surtout dans les situations sociales), je suis comme un ordinateur qui «bug» et risque de «shutdown» à n’importe quel moment… C’est un peu gossant, car ça ne se contrôle pas vraiment. On dirait une sorte de processus de défense naturel, ou quelque chose de bizarre comme ça… Mais je ne sais pas encore envers quoi. Peut-être suis-je une autiste pas encore diagnostiquée. C’est à la mode de se justifier et de se ranger dans des catégories, apparemment…

Inquiets pour demain, nous restons accrochés au rivage. (Crédit photo: Roxane Labonté)

Apprendre à m’accepter, et à vivre avec cette forme d’anxiété, a été très long. Mais ne vous méprenez pas, je ne suis pas misanthrope, malgré ce que mon expression faciale neutre peut projeter. Je ne suis pas une personne naturellement souriante et ce n’est pas parce que je ne veux pas; je n’y pense juste pas… Je n’ai jamais compris le phénomène déréglé que j’étais, jusqu’à ce que je découvre la différence entre introvertis et extrovertis… Et le fait qu’il existe des nuances entres les deux, aussi.

D’ailleurs, la solitude me donne tout ce dont j’ai besoin: de l’espace pour créer.

Du silence pour entendre des mots.

De la place pour comprendre la musique.

Elle me donne aussi du temps, de la patience, de la concentration. C’est un réel abri contre les intempéries. Je pourrais même dire, au risque de sonner comme une personne autosuffisante, que je suis ma propre meilleure amie… Tout ce dont j’ai besoin se trouve déjà en moi; je n’ai pas besoin d’être le centre de l’attention pour me sentir en vie. En fait, c’est tout le contraire; je déteste parler devant un public, et être regardée par tout le monde. Comment ai-je pu faire autant de shows? C’est encore un mystère total… D’ailleurs, ça m’a pris du temps avant d’être confortable sur scène. Mon personnage m’aidait beaucoup à faire une séparation entre qui j’étais, et l’identité que je projetais…

S’aventurer au-delà des rives sécuritaires signifie parfois laisser des choses derrière soi… :'( (Crédit photo: Roxane Labonté)

Alors, pourquoi je voyage seule? Il y a quelques années, alors que j’étais infographiste chez Transcontinental, j’avais plusieurs semaines de vacances et je me demandais presque quoi faire avec celles-ci. Personne dans mon entourage n’était disponible/intéressé à partir en même temps que moi, et c’est normal, ça arrive, on a tous nos projets. En 2015, je ne comprenais pas comment quelqu’un pouvait voyager seul, c’était un concept très abstrait. Les vacances, si je prenais le temps d’y penser, voulaient dire: passer du temps avec famille, ami, et/ou amoureux(se); sinon, je n’y pensais juste pas.  Aussi, je me disais que ça devait finir par devenir plate de passer autant de temps dans la solitude…

Mais finalement, j’ai réalisé que j’avais seulement des doutes énormes sur moi-même. Serais-je capable de partir seule? Et si je me retrouvais dans le trouble? Serais-je attaquée, agressée? Je suis une femme, après tout, je dois faire attention… En gros, j’avais peur de me retrouver « tout nue dans rue », ce qui est complètement exagéré. D’ailleurs, des endroits freak, il y en a dans toutes les villes. On doit juste penser différement et s’organiser d’une autre façon lorsqu’on voyage seul(e).

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Une voix étrange me disait que je ne devrais pas aller dans un autre pays toute seule, et ça m’a pris du temps avant de comprendre que c’était la voix de la peur. Je l’ai écoutée pendant deux ans… Désir opprimé, besoin bafoué. Un sentiment qui se contredit: l’urgence de découvrir le monde, et la retenue de « rester tranquille à la maison ». Car c’est un réel défi, quand on y pense. Partir seul veut dire tout organiser, prendre toutes les décisions, être débrouillard et attentif à tout ce qui se passe et POURRAIT arriver.

Mais c’est aussi le plus beau des cadeaux que l’on peut se faire à soi-même: la chance de faire ce qu’on veut, quand on veut. Personne pour nous rusher ou nous ralentir. C’est aussi une expérience où on apprend tellement à propos de soi! On comprend mieux nos patterns mentaux, et ça donne de la confiance en soi.

L’animal est sorti de sa cage! Islande – 2017 (Crédit photo: Roxane Labonté)

Quelque chose en moi a changé lorsque j’ai connu une collègue de travail, alors que j’étais chez TC. À travers nos multiples conversations, elle me parlait de toutes ses aventures, elle qui a est partie seule au Mexique à 17 ans! Elle a énormément voyagé depuis, et m’a raconté des anecdotes de voyage, folles et fascinantes.

Le pont Williamsburg, reliant Brooklyn à New York – 2016 (Crédit photo: Roxane Labonté)

J’admire cette femme, véritable modèle à mi-chemin entre une grande soeur et une jeune mère; elle m’a inspirée à me faire confiance. À me donner le droit. Alors, quelque chose a commencé à pousser en moi, et cette fleur a pris de l’expansion… Cette aventurière sans peur, cette guerrière nomade qui était cachée en moi, a pris forme peu à peu. Elle continue de se développer avec chaque voyage que je fais, qu’il soit gros ou petit. Et pas besoin d’aller loin pour vivre quelque chose. Parfois, l’aventure se situe juste au coin de la rue…

Donc, pour résumer, j’étais une âme solitaire (et insécure) à la quête d’aventures. Il fallait que je fasse quelque chose, car je perdais mon temps en me privant de faire les choses que je voulais, sous prétexte que personne ne pouvait y aller avec moi. Peut-être même que c’est trop facile à donner comme excuse! Alors je me suis dit:

Fuck it! And don’t look back.

Fuck les peurs, et fuck les doutes. Fais ton propre truc – un mindset que j’avais déjà, en créant ma propre musique. Et alors, en août 2016, j’ai booké six nuits à New York, comme ça, impulsivement (c’est toujours comme ça que je me sens quand je prépare un voyage). J’ai été surprise de la facilité avec laquelle tout s’est mis en place par la suite, comme si j’avais une sorte d’instinct qui me dictait les prochaines étapes. Il fallait juste que j’écoute ma petite voix et que je me fasse confiance. Pourquoi avais-je attendu si longtemps? Combien de projets tombent à l’eau, provenant en fait de doutes sur nous-mêmes? On se complique trop la vie. We can’t see the forest from the trees.

Cabine rouge pour un téléphone-guichet! 😉  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Durant ce voyage solitaire, je ne me suis jamais sentie aussi libre – seulement moi, New York, et mon petit sac ne contenant que le strict nécessaire. J’ai réalisé à quel point j’étais confortable dans la métropole américaine. Je me mêlais aux gens locaux, et je me sentais « à la maison » la plupart du temps, en arrivant à déchiffrer les stations de métro, les bus, la façon de se comporter. Incroyable sentiment, qui ne se trouve pas nécessairement entre quatre murs… C’est bien plus que d’être à un endroit physiquement: c’est être au bon endroit, au bon moment. Se sentir bien, en harmonie avec les moyens qu’on a et les gens qui nous entourent.

Sur cette conclusion plus que hippie, je vous pose maintenant la question: qu’est-ce qui vous empêche réellement de réaliser un rêve? Si j’ai pu voyager seule, et que je peux continuer à le faire, alors vous pouvez également réaliser vos rêves! Qu’attendez-vous? 😉

«T’es capable!» 😉 [vu sur le pont Williamsburg] (Crédit photo: Roxane Labonté)
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3 Comments

  1. J’ai lu ça hier et j’ai pensé à toi 🙂 ******* Yet home is a quality you bring to a place, not a quality
    that a place brings to you. Let yourself feel at home anywhere and people everywhere will welcome you
    always. And isn’t a place where you are always welcome…’home’? ******** Neal Walsh
    Quand je te lis, je ne cherche pas à me retrouver dans tes mots, mais plutôt à me détacher de moi pour te voir toi. Je te trouve généreuse de partager ainsi sur toi. C’est inspirant. J’ai tenté longtemps d’expliquer mon côté introvertie mais ce n’est jamais totalement compris. J’ai trouvé des amis qui l’acceptent, c’est déjà suffisamment libérateur 🙂 Bonne continuité !

    1. Wow cette citation est tellement vraie! 😮
      Partager ce que je vis est quelque chose d’un peu difficile pour moi, mais je sens que je dois briser ma coquille – pour mon propre bien et celui des autres. On ne peut pas tout faire tout seul, même si je suis adepte de la philosophie DIY… Et d’ailleurs je suis très heureuse d’être une source d’inspiration. Merci de me suivre, j’apprécie ton support et tes bons mots! xxxx

  2. Au fond tu sais, peu importe la destination, le réel voyage que tu fais est vers toi. Tu es en train d’explorer ton pays intérieur. Je crois qu’on ne sait jamais qui on est parce qu’on a toujours la possibilité de changer à chaque moment. C’est bon signe ! Ça veut dire que l’aventure ne finira jamais 🙂

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