Jökulsárlón, là où les icebergs se suicident

 

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Jökulsárlón. Enfin. Tu es là, devant moi. Je te vois. Pour de vrai. Ça faisait des années que je rêvais de voir ton paysage enneigé… Je dirais même que tu es un des principaux «aimants» qui m’a attirée à nouveau en Islande. Ta lagune glaciaire superbe crée en moi une sorte de paroxysme visuel inexplicable.

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J’arrive, mes amours! Haha (Crédit photo: Roxane Labonté)

Symphonie bleue, noire et blanche

Si Diamond Beach est une chanteuse d’opéra, la lagune glaciaire de Jökulsárlón est une symphonie immense et invraisemblable. Silencieuse, continue et douce, elle ne fait pas seulement qu’accompagner le cristal envoûtant qui se situe à ses côtés. Elle est définitivement une oeuvre à part entière.

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L’endroit évoque un printemps éternel, où les flots coulent indéfiniment, mais… Le temps se fige. Je croirais entendre de la musique classique. Des ondes «enfouies», graves et solennelles; un piano doux comme l’air frais se dépose dans les âmes venues chercher bien plus que des photos. Ici, un génie musical synesthète mêle les teintes et rajoute des touches bleues à son grand instrument noir et blanc.

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Transcendance nordique

Chef-d’oeuvre de pureté tragique qui fait sourire, Jökulsárlón, tu es une musique inaudible contagieuse. Un gigantesque rire universel. Dorénavant, on n’a plus d’âge, de sexe ni de fonction sociale. On est, tout simplement. Non seulement on se sent soudainement courageux, mais notre âme s’améliore – même les forces de l’endroit se volatilisent à vue d’oeil. Spectacle triste et magnifique, mélancolie absolue. Les larmes dans nos yeux deviennent toutes turquoise, à l’effigie de l’endroit magnétique et mythique.

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Estomaquée  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Je craque et je fonds

Légère, j’écoute le courant du lac. Le bruit de l’eau qui voyage sans cesse rappelle une vieille âme savante qui chuchote ses secrets dans le flot continu et lent. Un spectacle d’une tranquillité extrême, une douceur qui fait déposer les armes. Même si les monuments fiers et lents sont de glace, moi, je fonds. Complètement. Je sens toutes les possibilités du monde s’ouvrir en moi comme la faille de Silfra. Et je fonce. Je ne suis plus déchirée. J’ai délaissé quelque chose de vieux et de lourd, et c’est emporté dans l’eau glacée.

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Le temps s’arrête. (Crédit photo: Roxane Labonté)

Comment a été créé ce chef-d’oeuvre?

Un peu d’histoire… En 1934, le glacier Breiðamerkurjökull a commencé à fondre, et a donc créé ce lagon d’une beauté incomparable. Jökulsárlón est le lac le plus profond d’Islande (248 mètres). La lagune s’agrandit d’année en année, suivant la fonte. Les icebergs qui se promènent lentement sur ce tapis d’azur sont immergés sous l’eau à environ 90 %, et les plus gros d’entre eux peuvent atteindre 30 mètres. Millénaires, mais devenus éphémères ici, ils se modifient constamment. Par moments, ces monuments craquent, rajoutant une touche bruitiste contemporaine à la symphonie magistrale incessante…  Un son peu commun; on dirait qu’un géant met un énorme glaçon dans son verre d’eau!

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L’origine du bleu: de la glace «asphyxiée»

La couleur d’un iceberg peut varier selon sa texture et ses composantes. À Jökulsárlón, le bleu est presque fluorescent parce que la glace a été très compressée pendant plus de mille ans. Cette compression enlève l’air hors de la glace; plus il y a d’air emprisonné dans la glace ou la neige, plus elle sera blanche.

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Iceberg sphérique (Crédit photo: Roxane Labonté)
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Miroir de l’âme (Crédit photo: Roxane Labonté)

Les secondes meurent magnifiquement

Être dans le moment présent… Ça sonnait parfois creux comme phrase, jusqu’à ce que j’arrive ici. Ce concept paraissait un peu intangible. Maintenant, je le comprends à chaque seconde, devant chacun des icebergs qui amorce sa traversée du lac, avant d’aller bientôt se suicider dans l’océan. Demain, et même dans la prochaine heure, l’endroit ne sera plus le même. Et la veille, tout était très différent. Le présent change constamment. La vie est vraiment à l’image de Jökulsárlón, où chaque seconde meurt pour laisser place à la prochaine. Le courant, la température de l’air, les vents…

On doit écouter. Rêver. Et surtout, savourer. ☺️

Symphonie doucement givrée (Crédit photo: Roxane Labonté)

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