Rituel de purification maya au Mexique: cri primal et peur du noir

Un moment spirituel et étrange, dans les teintes d’orange et de noir. (Crédit photo: Roxane Labonté)

Je profite de mon petit «temps d’arrêt» pour ressortir des articles qui étaient restés dans mes dossiers depuis que j’ai recommencé à écrire. Je suis notamment tombée sur mon tout premier article de blogue, qui relatait une expérience chamanique, vécue au Mexique en janvier 2017. Allez savoir pourquoi, à ce moment-là, je bloguais en anglais! J’ai donc traduit ce texte (en réalisant qu’éventuellement, je veux créer des articles dans cette langue). Quoi qu’il en soit, je vous offre ici le récit détaillé et assez personnel de cette aventure en sol mexicain, où je parle principalement d’un rituel de purification selon les traditions mayas auquel j’ai participé. J’aborde la confrontation d’une vieille peur tenace: celle du noir! Et je parle également de mon expérience du cri primal… Cap sur une soirée peu ordinaire.

Le déplacement silencieux et étrange vers le temazcal

Je séjournais avec ma famille à l’hôtel BlueBay Grand Esmeralda, dans l’État de Quintana Roo, près de l’aéroport de Cancún. Pour vivre l’expérience chamanique et avoir accès à un temazcal, je devais me déplacer à Tulum. J’ai donc pris le bus offert dans le «day tour», dont le trajet dura presque deux heures (nous avions de nombreux arrêts à plusieurs hôtels). À ce moment, c’était une des premières fois où je m’aventurais seule dans un autre pays! J’avais visité New York en solo pendant quelques jours en août 2016, mais je n’étais pas trop dépaysée dans la Grosse Pomme. Là, au Mexique, c’était pas mal différent…

Une fois embarquée, je regardais le paysage défiler par la fenêtre de l’autobus, en écoutant KMFDM bien fort dans mes écouteurs. Je méditais, en même temps; je voulais profiter du moment et maîtriser mon anxiété. La guide touristique était très silencieuse, et elle avait l’air vraiment bête! Mais je me suis dit que cela ne m’empêcherait pas d’en profiter… J’étais avec neuf personnes, et, dans ce petit autobus, on n’entendait que le son du moteur. Peut-être était-ce dû à l’heure matinale. En tout cas, la guide parlait aux touristes en allemand la plupart du temps, et ensuite elle parlait en espagnol à quelques personnes. Finalement, elle disait une phrase en anglais pour moi, de temps à autre… Haha. J’ai tenté de mettre à profit mon espagnol (appris au Cégep de Drummondville en 2006), mais c’était très loin dans ma mémoire. En gros, elle disait qu’une fois sur place, on allait méditer, chanter des chansons et aller dans un temazcal. Elle a ensuite précisé qu’un autre guide français prendrait le relais. Ouf! 😮

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Route aléatoire au creux du Mexique (Crédit photo: Roxane Labonté)

Petite explication pour commencer: qu’est-ce qu’un temazcal, exactement?

Il s’agit d’une petite construction, aussi appelée hutte de sudation ou bain de vapeur. Elle comporte un dôme fait de ciment et de pierres volcaniques. On doit y entrer par la porte en étant accroupi, et le plafond est très bas; il est impossible de rester debout à l’intérieur. Les temazcals étaient utilisés par les Aztèques et les Mayas pour des cérémonies de purification. Par la suite, leur usage s’est étendu à des activités physiques, telles que le combat, les exercices, ou les jeux. Les femmes y donnaient naissance, et l’endroit était utilisé pour l’amélioration de la condition physique, et même pour guérir certaines maladies. Les temazcals sont toujours utilisés aujourd’hui par les peuples indigènes, pour des raisons spirituelles ou de santé, mais ils sont de plus en plus reconnus comme étant des vrais lieux sacrés pour la guérison de l’esprit.

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Exemple d’un temazcal au Mexique (Photo : espacionatura.com)

Y avait-il de la torture dans ce package touristique?

Alors. J’ai rencontré le dit guide à ma sortie de l’autobus à Tulum. La soirée était un peu difficile à suivre, car celui-ci ne disait que quelques phrases en français… Et d’ailleurs, le shaman ne parlait qu’en espagnol, mais bon, je crois avoir saisi l’essentiel de ce qu’il disait… Ou en tout cas je pense avoir décodé ses messages. Arrivée sur place, j’ai entendu un bruit très dérangeant: celui de plusieurs personnes qui criaient… J’ai eu peur. À ce moment-là, je me suis VRAIMENT demandée ce qui m’avait pris d’aller là! Mais les guides souriaient, et parlaient vaguement de primal scream. Je ne savais pas trop ce qu’ils voulaient dire; j’avais déjà entendu ce terme, mais je ne savais pas que ça faisait partie de ce package de rituel de purification… Haha. J’ai tenu bon…

Sourde culpabilité

Nous nous sommes ensuite réunis dans une hutte, et nous avons bu du jus d’hibiscus. Celui-ci était servi dans la coque d’un fruit qui ressemblait à une moitié de noix de coco vide. C’était très sucré! Ensuite, nous sommes allés dans une deuxième hutte, où des femmes d’origine maya préparaient des tortillas. Je les ai trouvé très petites et frêles. Leurs visages inexpressifs semblaient dire: «Vous nous emmerdez, nous ne sommes pas des attractions. Allez ouste, les riches touristes!… » Je me suis dit qu’elles devaient mener une vie assez étrange, qu’elles n’ont pas eu beaucoup de choix de carrière…

Bref, j’ai fabriqué une tortilla avec elles, et j’ai été surprise de la difficulté de cette tâche culinaire! 😮 J’ai mis mon semblant de pain sur l’élément chauffant, qui était en fait une grande plaque de métal ronde, couverte d’une fine poudre blanche (ne vous méprenez pas, les femmes ont expliqué que c’était du calcium provenant des roches). Donc, nous avons fabriqué des tortillas et les avons mangées avec ces deux minuscules femmes voûtées et exaspérées, qui en avaient vu d’autres.

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Un autel maya semblable à celui que j’ai vu, près des huttes (Crédit photo : espacionatura.com)

Invocation des éléments et des esprits

Par la suite, nous nous sommes réunis en cercle autour d’un feu de taille considérable, où de grosses pierres volcaniques brûlaient. Nous avons rencontré le shaman. Mon guide a expliqué en quelques mots donnés au compte-gouttes qu’il y avait un végétal unique dans cette région. Le tronc de l’arbre à kapok (ceiba pentandra) contient de l’eau, et son écorce est parsemée de petites branches pointues, d’où coule de la sève. Un peu comme de la sève d’érable, mais à longueur d’année. 😉 Il est de coutume que les gens recueillent ce liquide et le mélangent à du miel. Ils boivent ensuite ce breuvage sacré lors des cérémonies mayas. Tout le groupe y a donc goûté.

Après cela, nous devions souffler dans de gros coquillages pour invoquer les éléments! 😮  Rien de moins… Je ne l’ai pas fait, car honnêtement, j’avais légèrement peur des microbes. Mais j’en ai transporté un avec moi, et je le levais dans les airs à la place; je me trouvais bien drôle… Nous nous sommes ensuite regroupés à nouveau autour du feu. Le shaman a donc fait son invocation pour convier la terre, l’eau, le feu et l’air à se joindre à nous. Il s’est aussi adressé aux points cardinaux… Et tout le monde a soufflé dans ses coquillages (sauf moi haha). Le maître de la cérémonie a finalement demandé l’autorisation des esprits pour commencer le rituel.

La purification par le shaman

Un moment spécial allait se passer; nous devions faire la file pour rencontrer le shaman. Celui-ci a murmuré à chacun de nous une prière en espagnol (c’était la même pour tout le monde, peut-être un mantra fait sur mesure pour les touristes?!) Il a ensuite purifié nos âmes – du moins, c’est ce que j’ai cru comprendre, haha. Il nettoyait quelque chose dans les auras des gens, en agitant une grande branche d’arbre munie de feuilles mortes. Tout cela semblait vraiment absurde, mais c’était aussi étrangement réconfortant.

Voici un petit vidéo (filmé avec mon téléphone…) du nettoyage d’énergies négatives!

 

Nous nous sommes ensuite assis sur des murets et le shaman a donné à chacun une pierre de copal. Il s’agit d’une résine qui peut être brûlée comme de l’encens, ce qui aiderait à se «grounder», à acquérir de la confiance, et à dissiper l’énergie négative. Puis, il nous a dit de tenir la pierre près de nos coeurs, de fermer les yeux et de formuler une intention claire, à propos de quelque chose que l’on veut dans la vie. Puis il nous a encouragés à jeter la pierre de toutes nos forces dans le feu, en pensant à la concrétisation de nos souhaits. Je me suis exécutée, rêvant à tous les changements que je voulais avoir dans ma vie à ce moment-là.

Trois différents types de résines; le copal est au centre (Crédit photo: vainillaychile/Thinkstock)

La noirceur apprivoisée

Une fois nos esprits complètement vierges et purs (haha), nous sommes entrés dans le temazcal, où nous nous sommes assis sur un banc circulaire incorporé à même les murs. Et il faisait noir. TRÈS noir! Ou là là 😮  L’assistant du shaman a apporté à l’intérieur de nombreuses pierres volcaniques, à l’aide d’une fourche imposante. Je sentais la chaleur de ces pierres près de mes jambes et de mon visage, alors qu’elles entraient par la petite porte… Il les lançait dans le feu au milieu de nous, où elles ont brûlé durant toute la durée du rituel. Le shaman a expliqué que si nous devions (ou voulions) sortir, nous n’aurions qu’à frapper deux fois dans nos mains. Puis, le «helper» du shaman (tout un travail, ça!) a fermé la porte….

Noir total. Une de mes plus grandes peurs!

Habituellement, je commence à paniquer dès que ça devient noir dans une pièce, ou s’il fait très sombre à l’extérieur (je n’aime pas conduire sur des routes de campagnes mal éclairées, par exemple). J’ai retrouvé ma respiration, et je me concentrais afin de rester calme. Parfois, je regardais les petits points orange et rouge sur les pierres; à d’autres moments, je fermais les yeux et mettais mes mains par-dessus… Bizarre, mais je me sentais mieux. J’étais aussi très consciente de la position de mes pieds sur la pierre du plancher, qui était encore un peu humide. Tout pour penser à autre chose que la peur (passée?) de la nuit noire m’enveloppant. Je n’ai pas senti le besoin de taper des mains afin de sortir du temazcal… Fiou! Ai-je finalement affronté ma peur du noir?! Une partie de moi sentait bien qu’il n’y avait rien à craindre là-dedans… 😉

Une de mes plus grandes contradictions. J’adore la noirceur, mais j’ai quand même une peur viscérale de celle-ci. 👻 (Crédit photo: Roxane Labonté)

Cri primal et… chansons festives?!

Toujours plongés dans le noir, nous avons ensuite chanté ce qui semblait être de vieilles chansons folkloriques en espagnol. Un peu comme des chansons à répondre… Je n’y comprenais pas grand-chose, mais je suivais le rythme et je trouvais ça hilarant de chanter n’importe quoi. Le shaman battait la mesure sur un tambour, alors tout cela a fini par être très festif! La nuit était pleine d’amour et de convivialité, choses tout de même bizarres à ressentir avec de purs étrangers…

Après les chansons, le maître de la cérémonie maya nous a demandé de… crier. Eh oui. C’était ma première expérience du cri primal (même si je screamais déjà avec Smirking Revenge 😉 ). En faisant cela, on allait faire sortir le méchant! Se libérer de tout ce qui ne nous servait plus, laisser aller le passé… J’ai décoincé les démons emprisonnés en moi; j’ai crié jusqu’au point où ma voix s’est brisée, mais je me sentais vraiment bien après. Déchirée entre le besoin de rire et de pleurer en même temps, et tout ça dans le noir total… Somme toute, j’ai ressenti un soulagement profond, lors ces rituels anciens; c’était une sorte d’adieu à quelque chose que je ne comprenais pas encore tout à fait.

Rwar! Non, je n’avais pas ma guitare dans le temazcal 😉 C’est un petit flashblack du dernier show de Smirking Revenge. (Crédit photo: Team Montreal Metal)

En tout, nous sommes restés dans le temazcal pendant environ 45 minutes. Peut-être plus, peut-être moins, je ne sais plus… Le temps était vraiment distordu! Quand nous sommes ressortis de la hutte de sudation, j’ai pris le temps de respirer l’air frais. Cette petite expédition au coeur des rites traditionnels n’était pas du tout une arnaque touristique, finalement! Un moment suffoquant et masochiste, mais je sentais que quelque chose changeait en moi. Une mutation, une transformation, un changement de peau… Je commençais tout juste à avoir une (très vague et lointaine) idée de ce que je devais laisser derrière.

Voilà! J’espère que vous avez apprécié ce partage assez personnel, tiré de mes archives… Dans deux articles à venir, je poursuivrai la thématique mexicaine, en parlant de ma visite des pyramides à Chichén Itzá, ainsi que de ma baignade dans un cénote (une grotte remplie d’eau douce)! À bientôt! 🙂 

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Difficile à croire que ce blogue est né d’un moment en janvier 2017, où j’ai voulu documenter mon voyage… 😮 Très bon premier article à vie, n’est-ce pas? 😉
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