Snæfoksstaðir, forêt islandaise au coeur du voyage initiatique

 

Le drapeau islandais qui flotte au vent (Crédit photo: Roxane Labonté)

On dit que les voyages sont initiatiques. Durant mon séjour en Islande l’année passée, j’ai presque plus appris sur moi-même et mes vraies capacités que pendant six ans à travailler. Mais pourquoi donc? 😮 Sans doute parce que chaque journée est très différente, et que lorsqu’on voyage seul, on n’a pas le choix d’être face à soi-même. Forcée de regarder à l’intérieur, dans une forêt qui s’est révélée à la fois maléfique et enchantée, j’ai senti que je ne pouvais plus fuir… Étrange de dire que j’ai complètement dû aller ailleurs pour ressentir ça. J’étais à la recherche d’un monument, et cette recherche fut vaine. Toutefois, à l’instar du personnage principal de L’alchimiste (de Paulo Coelho), j’ai mis la main sur un trésor insoupçonné qui se trouvait en moi.

Rareté forestière

Commençons par le début… 😉Après être allée visiter le cratère Kerið, j’ai poursuivi ma route un peu plus loin, au gré de ce que je rencontrais dans le Suðurland. Puis, sur la route 35, près de Geysir et à quelques kilomètres au sud de la chute Selfoss, je me suis arrêtée spontanément à un endroit particulier: une forêt nommée Snæfoksstaðir. Je dois mentionner qu’en Islande, il y a très peu d’arbres. Ils couvrent seulement 1,3 % de toute la surface du pays! 😮 Il n’y aurait donc environ qu’une vingtaine de forêts accessibles au public.

La déforestation est due au pâturage intense (heavy grazing – les moutons qui mangent les jeunes plants qui essaient de pousser), à d’innombrables éruptions volcaniques, ainsi qu’à l’érosion éolienne. Ces facteurs ont contribué à la quasi totale disparition des forêts à la fin du XIXe siècle. Surprenant, n’est-ce pas? C’est ce phénomène de rareté qui a fait en sorte que j’ai voulu aller me promener dans la forêt Snæfoksstaðir, quand je suis arrivée devant celle-ci. Mais j’aurais peut-être dû plus prendre mon temps avant de m’y aventurer, car j’ai bien failli me perdre.

Bienvenue! … (Crédit photo: Roxane Labonté)

Snæfoksstaðir: la forêt maudite et ses corbeaux

À l’entrée de la forêt, je lis vite fait le panneau. Le chemin a l’air simple et je me dis que je peux facilement mémoriser ça!… Toutefois, j’avais mal compris la légende… J’imagine que j’étais distraite. 👀 Ça semble alors très simple, et je marche pendant un bon moment, appréciant la beauté du rare feuillage islandais. Et je continue longtemps, car je voulais trouver le fameux monument qui se cachait dans ce grand écrin vert. Tout va bien, quand un moment donné, je me rends compte que les batteries de mon cellulaire et de mon appareil photo ont lâché en même temps. Zut. Bravo Rox! 😯

Les cris répétitifs et rauques des corbeaux qui me tournaient autour sans arrêt me rendaient complètement folle. J’ai fini par leur crier de la fermer, sans succès… Drôle, mais pas drôle du tout. Je me sentais prise au piège dans cette forêt maudite, où les oiseaux noirs et menaçants me tenaillaient comme une proie. Je me concentrais très fort pour ne pas capoter…

Puis soudainement, je réalise que ça fait vraiment longtemps que je marche. Et que la trail semble s’étirer à l’infini, très loin de la route où j’avais stationné mon véhicule. C’est bizarre mais, plus j’avançais, plus je sentais que je n’allais pas trouver le fameux Monument Caché… Le jeu n’était plus drôle. J’ai donc décidé de rebrousser chemin, comme dans le conte Le Petit Poucet. Hé là là. Heureusement qu’il n’y avait qu’une seule grande trail principale, sinon j’aurais été un peu foutue.  Mais il y avait quand même des fourches, de véritables croisées de chemins, où j’ai longtemps tergiversé. Je n’avais pas la carte de la forêt sur moi; je m’étais dit que je trouverais sans doute d’autres panneaux… Double oups! 😱

Le sentier qui a changé ma vie (Crédit photo: Roxane Labonté)

Une richesse cachée en moi: le travail autonome

Mes pas me guidaient vers mon auto, et, dans ce moment difficile et magique à la fois, j’ai clairement entendu mon instinct. On l’appelle aussi intuition, petite voix, ou quelque chose du genre, qui peut nous faire sonner comme un(e) détraqué(e), car bien souvent, la petite voix est assez loin de la logique. 😮

Plus je marchais, plus je sentais mes idées venir à maturité. «Quelque chose» s’est éclairci dans mon esprit, et à la fin de cette marche quasi mystique, je me suis sentie comme si j’avais 200 ans. Sans blague. En juin, j’avais déjà pris la grande décision (voire l’engagement) de vivre de ma plume, mais j’ai «compris» à ce moment-là que j’allais devenir travailleure autonome – et ce, même si je n’avais aucune idée comment diable je ferais ça. J’avais peu d’expérience réelle dans le domaine, je venais tout juste de commencer mon blogue on the side, pour le fun, et je n’étais pas au courant de l’existence du programme Jeunes Volontaires non plus…

Mais mon esprit «savait» déjà, étrangement, avant que moi-même je ne le sache. C’est difficile à expliquer! Une sorte de deuxième révélation. Afin de réaliser ce projet de vie (ça sonne new age mon affaire là, désolée 😂), je sentais que j’allais devoir dire au revoir à beaucoup de choses et de gens. Mais à ce moment, devoir dire adieu à ma vie de guitariste était très nébuleux. Bref, je devais avoir une vue d’ensemble… You can’t see the forest for the trees, proverbe cité par Marilyn Manson dans The Beautiful People. 🌳

Certitude inébranlable

Après avoir usé mes semelles de Doc Martens sur ce sentier plein de cailloux, j’ai finalement retrouvé mon chemin – littéralement. Lorsque j’ai vu mon véhicule, j’ai couru vers lui et je lui ai fait un câlin comme dans le plus romantique des scénarios de retrouvailles. 👀 C’était quand même juste mon endroit où dormir et mon moyen de transport… Haha. J’ai déguerpi très vite, comme si j’étais poursuivie par quelque chose que je ne voulais plus jamais revoir.

Je tenais alors dans mes mains quelque chose d’invisible, mais d’infiniment tangible en même temps: une sorte de certitude inébranlable, de même qu’un détachement qui me faisait sentir légère. Je n’ai pas trouvé le monument de Snæfoksstaðir, mais j’ai bel et bien trouvé ce qui sommeillait en moi depuis des années.

Uh… Can I get a ride? 😉 (Crédit photo: Roxane Labonté)
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