Vík í Mýrdal: Reynisfjara, la plage black metal

Les vagues impétueuses s’écrasent contre les rochers de Reynisfjara… (Crédit photo: Roxane Labonté)

Adeptes du black metal, tournez les yeux vers Reynisfjara! Cette plage de sable noir, située à Vík í Mýrdal en Islande, pourrait capturer bien plus que votre âme… Je suis chanceuse de ne pas faire partie de la nécrologie des touristes ayant été emportés par les vagues imprévisibles de cet endroit. Une sorte de «grimness», très propice au côté théâtral du black metal, rôde sur les lieux. Un calme interstellaire et menaçant émane de la plage Reynisfjara, qui fait étalage d’une beauté inquiétante, et même d’une certaine violence. Peinturée de noir et de blanc, arborant des «pics» comme le ferait une rock star, elle nous laisse l’admirer, tout en nous faisant sentir qu’on ne doit pas trop s’attarder sur elle. Je vous transporte là où les quatre éléments s’entremêlent pour créer un hymne mélancolique, à la fois sublime et sombre. Prosternez-vous devant ces constructions chimériques de la nature!

J’ai le feeling que je viens d’atterir d’Islande (j’y suis allée seule en juin 2017!). J’avais commencé à écrire là-dessus en revenant, mais je jonglais avec beaucoup de choses —  mes engagements auprès de Smirking Revenge à ce moment-là, un déménagement, le «trouvage» d’un stage en rédaction ainsi que son exécution… Ensuite, j’ai fait des contrats au début de 2018, en plus d’affronter certains de mes vieux démons… Pas de tout repos! Mais j’ai enfin le temps de m’y consacrer, et j’ai tellement de choses à dire sur ce moment-là de ma vie 😮Suivant l’article sur ma nuit mouvementée au parc national de Skaftafell, je vous parle maintenant du tout petit village Vík í Mýrdal, et plus précisément, de la plage de sable noir, Reynisfjara.

En chemin: chute «rouillée» et petite plage de sable noir

Petite parenthèse avant de commencer: un cliché de cette superbe chute, qu’on aurait dit «rouillée», à cause de sa coloration orange brûlé. Je suis tombée sur ce paysage par hasard (ça existe, ça?). Beaucoup de choses sont arrivées inopinément, lors de ce voyage somme toute assez initiatique!D’ailleurs, sur la route 1, j’ai croisé le tourbus de Nomadic Matt, un blogueur que j’adore et qui a beaucoup écrit sur l’Islande. Je me souviens avoir pensé que c’était peut-être rentable, «les z’Internets», après tout… Haha. 😉

Couleur improbable parmi la verdure  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Non loin de Reynisfjara, j’ai visité cette autre petite plage de sable noir. Superbe, n’est-ce pas? 😉 Il y a en plusieurs en Islande, dû à la présence importante de sable volcanique (il ya aurait environ 130 volcans en Islande!). Formées typiquement de minéraux volcaniques et de fragments de lave, ces plages lunaires sont présentes non seulement dans ce pays mais aussi en Grèce, au Japon, ou en Californie. C’est assez surprenant de marcher là-dessus, car l’étendue est tout sauf lisse.

Mais comment ce sable noir si particulier a-t-il été formé? Katla, un volcan près de Reynisfjara, est présentement sous la glace, et est en dormance depuis une centaine d’années. Mais lorsqu’il était actif, la lave s’est répandue sur la plage, et lorsqu’elle a été en contact avec l’eau glacée, elle s’est refroidie; elle s’est ensuite brisée en plein de petits morceaux. Fascinant! 😮

La plage est toute jolie! On se fait bronzer? 😉 (Crédit photo: Roxane Labonté)

Le village de Vík í Mýrdal et la plage Reynisfjara

La plage de sable noir Reynisfjara est une plage reconnue mondialement, et probablement la plus célèbre du pays. Elle est située dans un minuscule village sur la côte sud de l’Islande, nommé Vík í Mýrdal (187 kilomètres à l’est de Reykjavik, la capitale). Celui-ci comptait en 2010, seulement 300 habitants! 😮 On peut comprendre que les Islandais peuvent se sentir envahis… La population du pays est de 350 710 habitants (2018), et le nombre de touristes a dépassé 2 millions en 2017!

Une perspective lointaine des rochers et de Vík í Mýrdal, prise depuis une colline jonchée de Nootka lupine  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Vík í Mýrdal a d’ailleurs été victime de l’éruption de l’Eyjafjallajökull (ouais, tout un virlangue!) en 2010, événement rapporté abondamment dans les médias…  Les cendres avaient alors recouvert les terres d’une couche de plus de dix centimètres, rendant toute activité agricole impraticable.

Les Reynisdrangar: gargouilles surgies de la mer

Loin de la rive, trois gargouilles géantes de lave solidifiée de 66 mètres de haut nous envoient un clin d’oeil maléfique. Sarcasme, malice ou émerveillement? Ces «stacks» de basalte (piliers de pierre détachés du rivage par l’érosion) semblent être le résultat peu probable d’une alchimie des quatre éléments: la lave d’un volcan, refroidie par les grandes mains du vent, et sculptée par les langues de la mer, donnant naissance à des monuments naturels appellés Reynisdrangar.

Tout simplement «evil» et magique  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Selon le folklore islandais, les colonnes seraient des trolls de la mer, qui auraient tenté de ramener un bateau au rivage. Mais ces trolls n’ont pas réalisé que le soleil s’était levé, et furent donc transformés en pierre! Un autre légende raconte qu’une femme fut kidnappée et tuée par deux trolls. Son mari les suivit à Reynisfjara et les tua, en les figeant dans la pierre. Les trolls sont d’ailleurs des personnages extrêmement courants dans la mythologie nordique. Bien loin des trolls qu’on croise plus souvent dans les commentaires sur les réseaux sociaux…

La montagne Reynisfjall: Gardar et son paysage lunaire

Reynisfjall est une montagne de 340 mètres, surgie d’une éruption volcanique en-dessous d’un glacier (oui, oui, ça se peut! 😮). Au pied de cette montagne, d’étranges formations géologiques hexagonales apellées Gardar captivent l’oeil. Des pierres refermant des secrets de l’univers, une sorte de géométrie sacrée de toute beauté. C’est imposant, intimidant, surréel… Onirique, même.

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Ces colonnes de basalte (également appelées orgues basaltiques!) se sont également formées lors du refroidissement lent de la lave, qui s’est refroidie juste à la bonne température pour craquer et former un phénomène appelé «joints en colonne» (columnar jointing).  Une grotte (Hálsanefshellir) se retrouve également parmi ces formations. Par ailleurs, l’église Hallgrímskirkja, principale église luthérienne de Reykjavik, rappelle ce type de formation rocheuse typique à l’Islande. Puis, un peu plus loin sur la plage, on voit d’étranges couleurs sur les rochers…

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Calme interstellaire sur Reynisfjara… malgré les vagues meurtrières

Sur Reynisfjara, on se sent vraiment comme un astronaute qui explore une autre planète. Le paysage a quelque chose de lunaire, d’extraterrestre, de «grim». On doit effectivement être sur nos gardes. Malgré la beauté étrange qui émane des lieux, un phénomène nommé «sneaker waves» peut nous entraîner dans les flots. En effet, la seule terre au sud de Reynisfjara est l’Antarctique, ce qui donne beaucoup d’espace pour que des courants puissants soient créés avant de rencontrer les plages d’Islande.

Un petit pas sur la plage… mais un grand pas pour Roxane 😉 (Crédit photo: Roxane Labonté)

On croirait que les fantômes des touristes décédés là-bas rôdent tranquillement autour des lieux, le protégeant et analysant les visiteurs, pour choisir le/la prochain(e) à être emporté(e) par une immense vague inattendue, précédée et suivie d’un silence pesant et inquiétant… Mais ce qu’il y a à Reynisfjara, ce sont plus que des fantômes… C’est vraiment une fréquence, une vibration, comme si on arrivait à entendre un poste de radio auquel on a jamais accès, sauf à cet endroit-là précisément. C’est quasi magnétique. Peut-être que la lave possède des propriétés qui influent sur nos «aimants internes»?… 😮

Une autre première sur mon blogue: une vidéo! J’y explique un peu le phénomène des «sneaker waves». (à noter que ce ne sont pas des roches «balsatiques» mais bien basaltiques!)

La plainte lointaine des créatures de Vík í Mýrdal

L’énergie à Vík í Mýrdal est vraiment irréelle: calme mais menaçante. Comme un bruit de fond qu’on n’entend pas, mais qui pourrait rendre fou, par ses fréquences atonales et catastrophiques. L’ensemble évoque quelque chose de vaguement sous-terrain; on entend presque une plainte lointaine provenant de créatures piégées, cachées très loin sous la surface de la terre… Une sourde menace. Des tentacules noirs et vaporeux, qui se meuvent dans le vent.

Oh, Islande, tu me fais tant rêver…  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Ça palpite au loin. Ça rôde, ça plane, ça épie de loin… Ça survole. Vík í Mýrdal et Reynisfjara ont un coeur. Ce n’est pas juste un paysage; c’est une véritable entrée à l’intérieur d’une entité bien plus grande que nous. Une sorte d’accès à une vérité surnaturelle et puissante.

Emporte-moi avec toi… Euh… non. 😉  (Crédit photo: Roxane Labonté)

Ne tournez jamais le dos aux vagues

Les Reynisdrangur replient leurs ailes invisibles et referment leurs yeux, prêtes à sombrer de nouveau dans le sommeil, comme des chauves-souris qui se tiennent debout. Et ce lieu noir et féérique nous remémore de ne jamais réellement tourner son dos à l’eau…

J’ai rapporté au Canada une partie de l’essence de Vík í Mýrdal, et c’est imprimé à jamais en moi; on ne sort pas indemne du pays du feu et de la glace.

Marcher sur la lune, ça vous dit?  (Crédit photo: Roxane Labonté)
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